Aufsatz 
Goethe et la Littérature francais
Entstehung
Einzelbild herunterladen

12

sa traduction de»Werther«,(dernière édit. de 1872) résume ses observations sur les rapports des deux romans, en disant qu'ils ont en commun le sentiment de la nature, celui de P'egalité sociale et celui de Tamour pur, trois principes fondamentaux de la pbilosophie de J-J. Rousseau. Enfin, M. Erich Schmidt, dans un livre qui épuise, à peu préès, le sujet, va jusqu'à dire que nombre de passages de »Werther« prouvent une parenté si étroite avec la»Nouvelle Héloise«, qu'il faut admettre, chez Goethe, des réminiscences de détails, plus ou moins inconscientes.(Goethe, Rousseau et Richardson, p. 169.) Du reste, il est bien entendu que, malgré ces ressemblances, Pœuvre de Goethe est très personnelle, tirée de son cœur et de sa pensée. Mais ce cœur et cette pensée étaient un champ Rousseau avait jeté sa semence.

Il 6tait de la nature de Goethe d'aspirer au beau; c'est pourquoi l'on ne s'étonne pas de le voir revenir, peu à peu, de ses excentricités de jeunesse à une forme littéraire plus réglée et plus harmonieuse. L'Histoire dramatisée de Goetz de Berlichingen« est suivie, au bout d'une année, du »Drame de Goete à la main de fer«,(1773) paction est ramenée à des proportions plus scéniques. Puis vint la conception de»Mahomet«(1774) dont Goethe dit:»Il se rapprochait de la forme régulière à laquelle j'inclinais de nouveau, tout en usant modérément de la liberté de temps et de lieu, définitivement acquise au théatre.«(Mém.) Toutes les pièces qui suivent marquent un progres dans cette voie que l'on peut, en une certaine mesure, appeler un retour vers les modoèles français. Ce sont»Clavigo«(1774),»Stella«(1775),»Egmont«(1775), les drames lyriques»Erwin et Elmire« (1775) et»Claudine de Villabella«(1775). Si nous cherchons, parmi les amis de Goethe, ceux qui peu- vent l'avoir encouragé dans ce sens, nous rencontrons qrabord Merck, de Darmstadt. Comme tradue- teur du»Caton« d'Addison et de»l'Esthétique« de Hutcheson, il était assez de l'école française, pour que les conseils qu'il donna à son jeune ami fussent du genre que nous supposons. En effet, n'est- ce pas T'opposition qu'il fit au romantisme de Goethe qui lui valut, de la part de celui-ci, le surnom de Méphistophélès?»Si vous saviez«, écrit Merck à Nicolai,»combien je discute avec Goethe de ra- tione artis.« C'est lui qui insista pour que Goethe refit son»Goetz«, dont il jugeait probablement comme Lessing, qui l'avait appelé»une pièce à grand spectacle(Haupt- und Staatsaction) dont il vengerait le théatre allemand«.(D'après une lettre de Weisse à Uz, du 7 octobre 1775.) Et, si Merck bläma plus tard Goethe d'avoir fait»Clavigo« et»Stella«, les appelant»des oeuvres de loisir«, ce ne fut pas à cause de leur forme, mais parce qu'elles lui semblaient manquer de portée philosophique. Merck 6tait très versé dans la littérature française, et la langue française lui était presque aussi familière que l'allemande, car il avait pour femme une Vaudoise, qui n'avait jamais pu apprendre l'allemand, et avec qui il parlait et correspondait en français. Ses sympathies frangaises s'accentuèrent plus tard lorsqu'il embrassa les doctrines révolutionnaires, et qu'il fut à Paris, pour entendre les orateurs jacobins.

Une influence, moins grande, sans doute, mais plus décidément française, que subit Goethe, fut celle de Gotter, qu'il rencontra à Wetzlar, en 1772. Elevé à Gotha, pres d'une cour très française de moeurs et de langage, Gotter était à moitié Français. Lorsqu'il n'écrivait pas en frangais, c'était, du moins, des traductions ou des imitations d'ouvrages français qui l'occupaient. Bien que Boie peat entramné à participer à la rédaction de l'» Almanach des Muses«, de Goettingue, il retira pourtant bientôt sa collaboration, lorsqu'il vit que ses amis attaquaient ses auteurs favoris. L'année meme il fréquenta Goethe, il fit jouer, à Weimar, une traduction, en vers alexandrins, de la»Mérope« de Voltaire. Dans ses Mémoires, Goethe ne semble pas attacher une grande importance à ses relations avec Gotter, dont il dit seulement qu'il»aimait Y'élégance française«; et, en effet, Gotter était de tous points trop inférieur à Goethe, pour pouvoir lui imposer ses idées; mais, d'un autre côté, une con- viction aussi arretée que pétait l'admiration de Gotter pour la tragédie française pouvait bien quelque