Aufsatz 
Goethe et la Littérature francais
Entstehung
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Cependant cet engouement, plus ou moins conscient, du jeune homme pour des modèles et des principes venus d'outre Rhin ne devait pas durer. La comédie de Lessing,»Minna de Barnhelm«, ayant 6té jouée à Leipsic, sous les yeux de Goethe, en 1767, ce fut pour lui le signal d'un affran- chissement qui devait profiter à la littérature allemande tout entière. C'était enfin un chef- d'oeuvre national qu'on pouvait se proposer pour exemple; les caractères étaient bien ceux de la nation, et l'esprit était celui d'un patriotisme conscient et fier de lui-meme. Limpression reçue fut fortifiée par la lecture du»Laocoon«, et celle de la»Dramaturgie de Hambourg« sema dans l'esprit de Goethe les premiers germes d'une théorie littéraire meilleure.

La première application que, de retour dans sa ville natale, il fit de ses idées nouvelles, fut la révision de sa pièce des»Complices«; il la refit et l'allongea, en profitant de l'exemple donné par Lessing, mais sans toutefois pouvoir lui enlever le caractere de l'école franco-Gottschedienne qu'il lui avait imprimé, en l'écrivant en alexandrins, avec des reminiscences du théatre de Molière. Dans une lettre de cette époque, Goethe appelle Lessing»un conquérant, un phénomène d'esprit, tel qu'ils sont rares en Allemagne. Qu'on ne s'avise pas de vouloir le réfater! Voltaire n'a pas pu faire tort à Shakespeare, parce qu'il ne se peut pas qu'un petit esprit fasse tort à un esprit supérieur«(à Oeser, 24 février 1769).

En dépit de ces aspirations nouvelles, nous voyons Goethe choisir la France pour y aller continuer ses études.»Je compte aller en France, pour voir comment on y vit, et pour apprendre le français«, écrit-il à une amie de Leipsic(Käthchen Schönkopf, 30 dec. 68), et, treize mois plus tard, »A la fin de mars j'irai donc à Strasbourg; de à Paris, ouù j'espere me plaire et rester assez longtemps«(à la meme, 23 janv. 1770), et encore»Vers la fin de mars je prendrai mon vol, d'abord vers Strasbourg, j'espèere voir mes mérites juridiques couronnés, puis vers Paris«(à Hermann, 6 févr. 70). Ne faut-il pas que le prestige de la France, et surtout de Paris, ait été grand, pour que le désir d'y passer quelque temps l'emportat chez Goethe sur des considérations du genre de celles que lui inspiraient déja ses sympathies littéraires nationales. C'est que la France était alors encore assez généralement, quoi qu'en pensassent quelques hommes isolés par le fait meme de leur baute culture, l'Eldorado du littérateur et de l'artiste ambitieux. Je m'en donne pour preuve que ces lignes d'une lettre du père de Mozart à son fils, écrite à la meme époque, à peu praès:»Va à Paris le plus tôt possible; c'est de que la réputation de l'homme de talent se repand dans le monde entier; la l'homme de génie reçoit les hommages de la noblesse; tu y verras le bel usage du monde, qui forme un bien grand contraste avec la grossiereté de nos messieurs et dames d'Allemagne, et puis, tu y apprendras le français à fond.« Goethe ne donna toutefois qu'en partie suite à son prqjet. II n'alla point à Paris; et Strasbourg meme, qui aurait pu l'initier à la vie française, s'il en avait cherché les occasions, ne lui apprit rien de ce côté-. Le seul milien qu'il fréquenta, fut le milieu tout-à-fait allemand des étudiants, des professeurs et de la petite bourgeoisie; car la société française ne se recrutait que parmi les hauts fonctionnaires, les gens riches et le militaire. L'université enseignait en allemand, excepté dans la faculté de théologie catholique. Le sort voulut meme que le cercle de jeunes gens qu'il voyait tous les jours, parce qu'il prenait pension avec eux, füt un groupe de jeunes enthousiastes qui s'étaient constitués en société littéraire, ayant pour but de cultiver la langue et la littérature allemandes, au détriment de l'influence frangaise. Goethe se fit si bien des leurs, qu'il épousa bientéôt leurs antipathies, renonçant ainsi volontairement au but qu'il s'était proposé en venant à Strasbourg:»Malheureusement je devais y faire l'expérience contraire à mes espérances et me détourner de la langue et des moeurs françaises, au lieu de m'y accoutumer.«(Mémoires 3me partie, 10me livre.) Rien ne saurait mieux caractériser l'esprit et le ton de la société littéraire dont Goethe