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l'enfant à ces représentations est d'autant moins étonnant, que presque tout Francfort le partageait. En effet, le gout pour le théatre français était entré dans les moeurs des habitants, y ayant été nourri et développé par une suite à peine interrompue de représentations du répertoire frangais, depuis plus de cinquante ans. Des la fin du 17me sidècle, des troupes frangçaises avaient, à l'époque des foires, joué des piêces de Corneille, de Racine et de Molière. Puis, des troupes allemandes avaient reproduit le meme répertoire, et, entre autres, la troupe de Neuber(en 1736), qui avait remporté un vrai triomphe sur les arlequinades et les pièces anglaises. Cette supériorité du théatre français était si bien établie, du temps de l'enfance de Goethe, que meme le conseiller Goethe ne lui refusait pas son admiration, nonobstant l'aversion politique qu'il avait pour la France. Les idées que, à la meme époque, Lessing promulguait dans les»Litteraturbriefe« contre la tragédie française n'avaient pas encore pénétré jusqu'à Francfort.
Apres le départ des Français, Goethe continua de rechercher les occasions de cultiver le frangais. Il en trouva une dans la fréquentation du culte réformé frangais qui se tenait à une petite distance de la ville, à Bockenheim. Le pasteur de cette communauté était alors Antoine Mathieu, d'origine vaudoise. La preuve que ses prédications étaient appréciées, c'est que, lors du cinquantième anniversaire de sa nomination, en 1765, on fit faire son portrait, et qu'il fut tres recherché du public.
Lorsque Goethe quitta sa ville natale, pour aller faire ses études à Leipsic(oct. 1765), il so trouva dans un milieu bien différent de celui qu'il quittait, et la lutte ne tarda pas à s'engager entre les idées dont s'était nourrie son enfance et celles, plus avancées, que lui offrait la ville qui était, en meme temps, le Paris et l'Athènes de l'Allemagne. Pourtant ses premières admirations françaises per- sistèrent encore assez longtemps, quoique mitigées. Il continua de lire les podètes français Corneille, Racine et Molieère, et traduisit meme en alexandrins allemands la première scene du»Menteur« de Corneille. Pour se maintenir dans l'habitude d'écrire le français, il adressa des lettres dans cette langue à sa soeur, à Schlosser, à Pami Trapp. Goethe nous raconte qu'il brula les premières, peu après son retour de Leipsic. Les deux lettres à Trapp, qui ont été conservées(voir Bernays, Der junge Goethe I), sont. curieuses, en ce qu'elles permettent de voir comment Goethe écrivait la langue qu'il regardait presque comme une seconde langue maternelle. Voici le commencement de celle du 2 juin 1766:»Mon cher Trapp. Vous savez bien ramener les gens à leur devoir, duquel ils se sont éloignés en les contraig- nant d'une façon, qui ne leurs fait pas sentir que vous les contraignez. Vous m'entendez cher ami? vous souriez de ce que j'ai eu scu si bien penetrer votre intention, et ce meme souris me fait esperer le pardon de la faute que j'ai commise en ne vous écrivant pas tout le temps que je suis à Leipsic. C'etoit faute d'industrie et non pas faute de memoire. Comment pourrois je oublier Wormbs et les agreables habitans de cette bien aimée.« Bien que ces lignes témoignent d'une certaine facilité dans l'usage du français, elles contiennent pourtant plusieurs fautes de langue et des tournures plus alle- mandes que françaises. Les trente-huit alexandrins qui terminent la lettre sont encore plus défectueux, car on y découvre des vers ayant trop, ou trop peu de syllabes, des hiatus en quantité, des e muets sans élision à la fin du premier hémistiche, des césures, ou absentes, ou mal placées(voir aussi Bartsch sur G. et l'alex. Goethe-Jahrbuch J). L'occasion de voir des représentations françaises se renouvela pour Goethe à Leipsic. Il vit»LAvare« de Moliere, la»Phéedre« de Racine,»L'Ecole des Meres« de La Chaussée(Blümer's Theatergeschichte von Leipzig). L'influence, sinon de ces représentations, du moins celle de ses études du théatre français, se retrouve dans les deux pièces qu'il écrivit à Leipsic:»Le Caprice amoureuæ et»Les Complices«. La premieère rappelle une pastorale de Favart ou de Piron; la seconde, qui dans l'origine n'avait qu'un acte, trahit, d'après l'aveu meme de Goethe, l'étude atten- tive de Molière. De plus, les deux pièces sont en alexandrins rimés, ce qui suffirait déjaà pour les


