Aufsatz 
Goethe et la Littérature francais
Entstehung
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4 Français occupèrent militairement la ville de Francfort-sur-le-Mein que l'enfant Goethe eut, pour la première fois, l'occasion d'apprendre le frangçais. II le fit en écoutant parler les domestiques, les sol- dats et les visites qui fréquentaient la maison paternelle devenue la demeure du commandant comte de Thorane, mais surtout en fréquentant le théatre français qui s'était installé dans la salle du Junghof. », assis au parterre, j'observais et écoutais avec la plus grande attention. Je comprenais plus facilement la tragédie que la comédie, parce que dans la tragédie le choix des mots était plus à ma portée et la déclamation de l'alexandrin lente et mesurée. Dans la comédie, que l'on donnait beaucoup plus souvent, les acteurs parlaient vite et se servaient des mots de la vie journalière, qui m'étaient inconnus.« IIl s'aida de la lecture de Racine:»J'en appris de longs passages par coeur, et je me les récitais, en imitant la déclamation du théatre, mais sans tout comprendre«. Ce qui lui fut d'un grand secours pour apprendre le français, ce fut la facilité naturelle qu'il avait à saisir les sons caractéris- tiques d'une langue; les études de latin et d'italien, qu'il avait faites précédemment, l'aidèrent aussi, puisqu'il retrouvait dans le français bien des mots de ces deux langues. Mais ce qui P'encouragea et lui profita par dessus tout, ce fut la connaissance qu'il fit d'un jeune Français, Derosnes, et de sa soeur, les deux membres de la troupe française. Elle, ayant captivé son coeur, et lui, son esprit, on ne s'étonne pas des progrès qu'il fit dans la conversation française.»On trouva,« nous dit-il,»qu'ils tenaient du prodige.« Stimulé pas les entretiens de Derosnes, qui était un bel-esprit en herbe, l'en- fant Goethe alla jusqu'à écrire une pièce en français, dans le genre d'une pastorale ou d'une féerie. »Je me souviens,« disent les Mémoires,»que la scène était champetre et qu'il n'y manquait pas de filles de rois, ni de princes, ni de dieux, et Mercure y jouait un rôle important.« L'ayant montrée à son ami, il eut le chagrin de la voir impitoyablement critiquée. Outre les fautes de langue, il y avait des infractions aux règles de la composition dramatique; et ici Derosnes expliqua à son petit disciple ce que c'était que les trois unités d'Aristote, la régularité du théatre français, la vraisemblance de l'action, l'harmonie des vers et tout ce qui appartient au système du drame classique. Pour se fortifier dans cette théorie, Goethe lut la dissertation de Corneille sur les trois unités et les préfaces de Racine, en outre, tout Molière, tout Racine et une bonne partie du théâtre de Corneille.

Les pièces françaises que Goethe dit avoir vues, à cette époque, sur la scêne du Junghof, sont des comédies de Destouches, de Marivaux, de La Chaussée, qu'on jouait souvent, des pièces de Molière, qui ne firent pas une très grande impression sur l'enfant, des opéras comiques tels que»Le Devin du village« de Rousseau,»Rose et Colas«,»Anette et Lubin« de Favart.»Les Philosophes« de Palissot l'amusèrent surtout dans la scene oùð le philosophe, se trainant à quatre pattes, mord dans une tete de salade crue. II vit aussi alors»Le Père de famille« par Diderot et'νQꝓνpermnestre« de Lemierre.»OC'est la pièce de Lemierre qui fit le plus d'impression sur moi, parce que, comme pièce nouvelle, on la jouait avec beaucoup de soin et souvent.« Ce qui explique encore mieux la prédi- lection de l'enfant, c'est le sujet de cette pièce qui est des plus tragiques, car il ne s'agit de rien moins que du meurtre de cinquante fils de roi par leurs cinquante épouses; en outre, le dernier acte présente le tableau grandiose d'un peuple assemblé pour accuser et détrôner son tyran.

Des recherches faites dans les archives de Francfort(voir E. Mentzel, Geschichte der Schau- spielkunst in Frankfurt a. M.) permettent de citer encore d'autres pièces représentées à cette époque par la troupe de Messieurs L'Hôte et Bergerac; et tres probablement Goethe les vit aussi, bien qu'il ne s'en souvint plus, lors de la rédaction de ses Mémoires. Ce sont»La Fille mal gardée« de Favart, jouée le 23 avril 1759, des pieces de Foltaire, de Regnard, de Dancourt, de Legrand, de Haute- roche, de Boursault, de Palaprat, de Guxot de Merville. La pièce des» Philosophes«, que Goethe men- tionne, fut donnée en juillet 1760,»Le Devin du village« le 19 novembre 1759. Le plaisir que prit