Goethe et la Littérature francaise.
Wie der einzelne Mensch, so ruht auch die Nation auf dem Altvorhandenen, Ausländischen oft mehr als auf dem Eigenen, Ererbten oder Selbstgeleisteten; aber nur insofern ein Volk eigene Litteratur hat, kann es urteilen und versteht die vergangene wie die gleichzeitige Welt.(Goethe, Über deutsche Litteratur.)
Ich verdanke den Gricchen und Franzosen viel; ich bin Shakespeare, Sterne und Goldsmith Un- endliches schuldig geworden. Allein damit sind die Quellen meiner Kultur nicht nachge- wiesen; es würde ins Grenzenlose gehen, und wäre auch nicht nötig. Die Hauptsache ist, daß man eine Seele habe, die das Wahre liebt, und die es aufnimmt, wo sie es findet. (Goethe, bei Eckermann, 16. Dez. 1828.)
Dans cette étude je me propose d'offrir au lecteur un tableau des rapports de Goethe avec la littérature française, dans le double but de montrer le rôle qu'elle a joué dans son développement, intellectuel et de recueillir les jugements qu'il en a portés. Les faits et les textes que je rapporte sont déjà plus ou moins connus de ceux qui ont fait une étude de Goethe et de ses ouvrages, et la seule nouveauté de ce travail consiste dans la réunion de ces données et dans la manière dont elles sont groupées autour d'une idée. Si j'ai choisi pour mon exposition l'ordre chronologique, c'est qu'il s'agissait précisément de rattacher les opinions de Goethe aux différentes phases de sa vie et de marquer la filiation des influences étrangères qu'il a subies. Je suis seul responsable des trdductions que je donne, les ayant toujours faites moi-meme sur le texte original, et en m'attachant à rendre avec fidé- lité Pidée plutot que la lettre. J'ai mis autant de soin que possible au choix de ces extraits des oeuvres et de la correspondance de Goethe, car je les destine à etre l'unique ornement de ce travail que je suis trop heureux de pouvoir mettre ainsi à l'abri de ce grand nom.
»J'ai aimé la langue française dès inon enfance; c'est par elle que la vie s'était ouverte à moi; je l'avais apprise comme une autre langue maternelle, sans grammaire et saus leçons.“«(Mém. III. 11.) Ces mots de Goethe, écrits à un âge avancé, nous révèlent l'esprit dans lequel il a abordé la littérature française; c'était un esprit de sympathique bienveillance, venant de ce que le français lui était familier et qu'il lui rappelait de chers souvenirs. Tandis que Lessing n'apprit le frangais que dans des moments perdus entre ses études classiques, et que Herder l'apprit si mal, qu'il dut le rap- prendre en France, pour pouvoir se faire comprendre(voir le journal de son voyage), Goethe l'apprit à page de onze ans, en jouant, et si bien, qu'il étonna son père et que, des lors, il put s'en servir, non seulement pour converser, mais pour se mettre au fait de la littérature française et en profiter. Les Mémoires de Goethe nous donnant d'amples détails sur cette premiere initiation à la langue et à la littérature française, j'en résume ce qui est indispensable à mon sujet. C'est lorsque, en 1759, les


