LE BON HOMME ET LE TRESOR 23
Le pécheur, tremblant de peur et de frayeur dans tous ses membres, s'en alla; bientéèt il s' éleva une telle tempéte que les arbres et les montagnes avaient des tressaillements; le ciel était entièrement noir, des coups de tonnerre se faisaient entendre, des foudres luisantes croisaient l'horizon, tandis que les vagues noires, soulevées par le vent, s'élevaient gigantes- ques, bien garnies de masses d' écume blanche. Enfin le pécheur dit: Eh bien! mon tréès-cher et bel ami, Carrelet! dans la mer viens ici! Ah! ma femme cette Isabelle Ne vit pour moi, elle vit pour elle. —„Que demande-t-elle encore?“ dit le carrelet. — Hélas! murmura le pécheur, elle veut bien être Dieu! —„Va-t'en, elle est déjà dans sa misérable cabane.“ Et c'est là qu'ils se trouvent encore tous deux jusqu' aujourd' hui. BRAUNHARp.
Fables
Ppar
Mr. de Florian.
LIVR. II. FABLE IV. Le bon Homme et le Trésor.
Un bon homme de mes parents, Et cette aménité que donne l'innocence. 10
Que j'ai connu dans mon jeune âge, Se faisait adorer de tout son voisinage: Consulté, véênéré des petits et des grands, 5 Il vivait dans sa terre en véritable sage. Il n'avait pas beaucoup d' Ccus, Mais cependant assez pour vivre dans Paisance;
Quand un pauyvre venait le voir, S'il avait de l' argent, il donnait des pistoles; Et s'il n'en avait point, du moins par ses paroles Il lui rendait un peu de courage et d' espoir. Il raccommodait les familles, 15 Corrigeait doucement les jeunes étourdis,
Riait avec les jeunes filles, Et leur trouvait de bons maris.
En revanche, force vertus, Du sens, de l'esprit par-dessus,
v. 1. bon homme. V.(IHandb.) pag. 33— 35. et pag. 113. rem. 1.— v. 2. dge. Comparez dgé de et à l' dge de. La première de ces expressions semble désigner simplement l'äge; la seconde à l'idée d'äge semble join- dre celle d' époque. v. 3— 4. adorer, consulter, vénérer. Voici les verbes latins adorare, consultare, vene- rari.— Se faire adorer= ſich zum Gegenſtande der Verehrung machen.— petits et grands: au sens propre ou au sens figuré6? v. 5. terre= fonds rural.— en: dans son acception qualicative, voyez le„Handbuch der franz. Sprache und Literatur“ pag. 128. rem. 1.— v. 8. Ten revanche= en récompense, pour rendre la pareille, soit en bien, soit en mal.(Comparez d la charge, ou à charge de= à condition, avec obligation.)— Force signiſfie, dans le langage familier, grande quantité de, p. ex.: force gens; force gibier; force fripons. Ajoutez-y encore ces exemples: Quantité de gens s'effraient de etc.— Nombre inſini de gens sont etc. Comparez enfin: de force et par force(vi et per vim). On dit par force, lorsque force se rapporte au sujet de la proposition; on dit de force, lorsque force se rapporte au régime. v. 9. par-dessus. Mettre en comparaison l'expression latine: insuper. Expliquez au-dessus de, de dessus et par-dessus. V. Schifflin pag. 333— 335.— v. 10. aménité= amoenitas. II s'emploie plus ordinairement au figuré, et signiſie: Une douceur accompagnée de politesse et de gräce. v. 12. pis- tole ou doublon d'Espagne, pièce d'or valant 83 fr. 92 cent.; monnaie de compte de dix franes(vieuæ français). v. 13. du moins. Syn.: au moins.— parole. Syn.: mot. v. 14. espoir. Syn.: espérance. Letzteres insbeſondere da, wo die Hoffnung perſoniftzirt angeſchaut wird. v. 15. raccommoder qu., se raccommoder avec dn. v. 18. leur. Le dativus commodi des Romains: für Jemanden, d. h. zu ſeinem Beſten.


