HISToOIRE ET BIOGRAPHIES 17
premier soin fut de répandre des grdâces et de créer un grand nombre de ducs, de patrices: et de comtes, pour satisfaire l' ambition de ses alliés et pour se réconcilier avec ses ennemis.
Le faisceau² de la royauté était rompu; l'union monarchique était dissoute, les grands dans chaque province se rendirent indépendants, l'excès seul du mal y mit un terme. L'ex- emple des seigneurs français enhardit les Gascons à la révolte;: Eudes, duc d' Aquitaine, descendant du roi Caribert, s' empara du pouvoir supréème et gouverna en“ roi les contrées qui s'étendaient depuis la Loire jusqu' aux Pyrénées. Les Suèves, les Thuringiens, les Bava- rois, les Frisons, ne voulurent plus obéir au nom d'un monarque détrèné; ils refusèrent de lui payer des tributss et de lui fournir des troupes; cette défection générale, en effrayant les Francs, les éclaira. Menacés par tant d' ennemis, et voyant qu' ils perdaient en force natio- nale ce qu'ils gagnaient en indépendance privée, ils se décidèrent à fortifier l' autorité de Pe- pin. GCe chef habile, profitant d' une circonstance favorable, rendit aux champs de Mars leur ancien éclat, ranima dans les asseinblées l' ardeur martiale des leudes, et, pour se faire res- pecter par eux, se rapprocha des hommes libres dont il avait abattu le parti; comme pour s'élever il s'était montré leur adversaire,é pour régner il devint leur appui: son fils atné Drogon épousa méèéme par ses ordres la fille du maire de Neustrie, Berthaire, dernier appui du parti populaire. Les Francs étant réunis, les intéréts privés disparurent devant l' intérét général.
Pepin, soutenu par le voeu national, rétablit l'ordre; effaçant les traces des derniers troubles, il rendit aux propriétaires dépouillés leurs terres, aux évéêques leurs siéges, aux leu- des proscrits leurs dignités, aux hommes libres leurs droits, au gouvernement sa puissance.— A la téête d' une armée nombreuse, non content de défendre l'Austrasie menacée, il entra dans le pays des Frisons, les combattit, les soumit et força leur duc à lui promettre de re- noncer à l'idoldtrie. s
KAyant ainsi satisfait l'Eglise par une nouvelle conquête pour PEvangile, il rassembla un concile pour réformer les abus du clergé. Tandis qu' il s'occupait si activement à rendre quelque vie à la monarchie, le monarque, réduit à une médiocre pension, végétait indolemment dans une de ses maisons de plaisance; il y mourut l'an 690, âg69 de 40 ans, apréès dix-sept ans de règne, ou plutêèt de honte; il laissa deux fils, Clovis et Childebert. Pepin donna au premier la couronne de Neustrie et de Bourgogne, gardant pour lui-méme l Austrasie qu' il considérait comme une souveraineté appartenant à sa famille; il n' accorda aucun apanagel0 à Childebert. Süeun.
1 Voici le mot latin: patricii. 2 Du lat.: fascis, au plur.: fasces. 3 révolution, rebellion. 4 Voyez la fable de Mr. de Florian, que nous allons publier, v. 5.— 5 Voir la même fable, v. 55.— 6 antagoniste(Avraco-
1T¹H), ennemi(inimicus). 7 Syn.: pouvoir. 8 Du grec 8!dcoXOy. 9 Voir la fable de Florian, que nous ve- nons d'alléguer, v. 2.— 10 Etym.: ad-panis-ago; p. ex.: terres en apanage= données par un souverain à ses puinés. 4


