XI
des mauvais livres. Voilà qui le rendit si propre à ce genre satirique où il s'agissait de plaider la cause du got et de l'esprit national contre les perversités de la mode. Les quatre satires littéraires, dans lesquelles il engage le combat avec les fades rimeurs, on peut les regarder comme les chefs-d'oeuvre du genre. Les sottises des mauvais poètes si dangereuses au développement de la littérature française y sont fustigées et tournées en ridicule d'une manière vraiment satirique. On voit bien qu'en éerivant ces satires il fut, pour parler avec lui,„poussé d'un courroux légitime“. Tout y est vif, mordant et plein de verve. Mais ce qui lui fait honnenr c'est que, malgré la haine qu'il éprouvait au sujet des méchantes poésie, il n'a pourtant jamais oublié qu'il faut, dans la critique littéraire, distinguer l'homme de l'auteur et respecter la réputation de celui-là en attaquant le mauvais goùt de celui-ci. C'est ce dont il s'applaudit lui-même, lorsqu'en s'adressant à ses vers, il les charge de raconter à qui que ce soit sur son compte que
.„harcelé par les plus vils rimeurs,
Jamais, blessant leurs vers, il n'effleura leurs moeurs“.
Et de méme en parlant de Chapelain dont il estimait le caractère malgré le mépris qu'il éprouvait pour ses écrits:
„Ma muse, en l'attaquant, charitable et discrète,
Sait de l'homme d'honneur distinguer le poète“.
Le second genre dans lequel Boileau a täché de le disputer à Horace, c'est T'Epitre philosophique. Les épitres d'Horace de mèeme que celles de Boileau sont l'ouvrage de lâge mür, où Pexpérience de la vie a refroidi les passions de sorte que ''humeur satirique a fait place à une disposition d'esprit tranquille et pacifique. La victoire de Boileau sur les ennemis de l'esprit français étant décidée, il a mis bas les armes et,„vieux lion“, est devenu„doux et traitable“. C'est ce qu'il exprime encore dans les vers que voici:
„Je ne sens plus Paigreur de ma bile première,
Et laisse aux froids rimeurs une libre carrière.“ Ce sont donc de véritables récueils de sages préceptes qui vous apprennent à conduire la vie, à jouir gatment des joies qu'elle vous offre aussi bien qu'à vous consoler des privations et des incommodités qu'elle vous impose. Pour la beauté de langage et la profondeur de pensées, Boileau, dans ses Epitres, ne le cède plus à Horace; pour la pureté et l'élevation de morale il l'emporte de beaucoup sur son modéèle. Selon les préceptes d'Horace, le vrai bonheur de la vie humaine ne consiste qu'à étre libre et indépendant de toutes les passions troublantes et de toutes les influences qui viennent de dehors, et à gagner par là une parfaite tranquillité de l'ame. C'est une espèce d'indifférence qu'il recommande pour conduire bien la vie. La morale de Boileau, au contraire, exclut l'oisiveté et veut qu'on cherche à devenir plus homme de bien de jour en jour. Le principe de sa poétique, c'est aussi celui de sa morale:
„Rien n'est beau que le vrai; le vrai seul est aimable.“
Or, le vrai dans la conduite de la vie, qu'est-ce autre chose que la vertu qui ne s'ac-
quiert que par des efforts énergiques? Cette morale, qui vous enseigne sans cesse à II*


