XII
aimer le vrai dans toutes vos actions, c'est-à-dire, la sincérité, l'honneur, la probité, la justice, c'est celle d'un chrétien qui ne se lasse jamais de travailler à se corriger et n'a moyęn de se rendre heureux qu'en se rendant meilleur. 3 1
L.Epitre aux Pisons, dans laquelle Horace, ne s'asservissant à aucun ordre légi- time, donne différents préceptes sur certains genres de poésie et de préférence sur la poésie dramatique, à suggéré à Boileau l'idée de composer son plus grand et plus bel ouvrage, l'Art poétique. En y embrassant, à la différence d'Horace, presque tous les genres d'ouvrages d'esprit, il en a tracé de main de maitre les lois particulières des beautés propres à chaque genre d'écrits en vers et en prose aussi bien que les prin- cipes généraux qui doivent présider à toutes les choses de l'art Dans cet admirable poème, qu'on peut à juste titre compter parmi les plus beaux ornements de la litté- rature française, Boileau ne s'est point fait scrupule d'emprunter de l'ouvrage d'Horace tout ce qu'il y trouva de pensées indispensables au plan du sien propre à moins de vouloir y laisser des lacunes. C'est par cette raison et faute d'avoir assez pénétré ses sentiments qu'on a souvent attaqué dans la suite, non-seulement à l'étranger, mais en France méme, ce poème si universellement admiré du vivant de Boileau. Ce de quoi on a voulu lui faire un tort, ce n'est pas la forme du poême— car pour celle-ci, il n'y a peut-étre personne qui ne l'ait trouvée admirable— mais ce sont ses vues sur la poésie en général, lesquelles on croit être trop bornées et trop peu élevées. Ce jugement, on l'appuie surtout sur le principe que Boileau a mis au dessus de toutes choses dans sa poétique:
„Aimez donc la raison; que toujours vos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix!“
C'est une vue peu digne des hautes qualités de la poésie, a-t-on dit, que de vouloir qu'on la puise dans la raison comme sa seule source. N'aurait-il pas fallu dire que ce sont plutôt les mouvements du coeur et l'élevation de l'àme qui doivent étre seules les vraies sources des beautés poétiques? Oui, ces censeurs auraient raison sans doute, si Boileau avait eu intention de dire ce qu'ils ont cru voir dans ses paroles. Mais on a tort, à ce que je crois, de penser que la raison, telle que Boileau l'entend, et l'élevation de l'ame sont deux choses contradictoires. Qu'est-ce donc que Boileau entend par la raison? S'il ne l'a dit lui-méme expressément, on peut du moins le tirer de tous les autres préceptes qu'il a donnés. Or, ce ne peut guère éêtre autre chose que la faculté de sentir et de penser en homme ou, en autres mots, le sens de tout ce qui est pure- ment humain et, comme tel, va au coeur de l'homme. C'était avec un admirable à- propos que Boileau proclama le premier en France cette grande vérité à l'opposition des jeux d'esprit alors si en vogue dans presque tous les poèmes et qui contrariaient la raison humaine. C'est par cette raison qui doit présider, selon Boileau, à tout ce qu'on écrit, qu'il faut que le poête cherche à exprimer le vrai dans ses ouvrages; car „wien n'est beau que le vrai“. Ce vrai, c'est tout ce qui est d'accord avec la raison. Ainsi, lui qui ne s'est point avisé de vouloir exclure de la littérature aucun genre d'écrire en vers ou en prose ni bannir, comme on PT'a prétendu, de la poésie aucune passion, exige seulement que chaque genre soit vrai, c'est-à-dire, se contienne dans les bornes que la raison lui prescrit naturellement, et que toute passion soit vraie, c'est-à- dire, vienne du coeur humain et y pénètre.
Le Lutrin, le seul ouvrage poétique de Boileau dont il n'ait pas trouvé l'exemple dans Horace, est une badinerie élégante et étincelante d'esprit. On y admire la rail- lerie fine, le langage achevé et la gafté de l'humeur satirique, mais on y regrette en même temps qu'il n'y ait pas de proportion entre cette richesse de l'art et la pauvretédu sujet.
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