IX
ajoute-t-il, lui qui étant trop modeste et trop bon chrétien pour se dire lui-méme ver-
tueux, s'avoue „Ami de la vertu plutôt que vertueux.“
La chasteté de sa vie explique la haine que devaient lui inspirer les saletés de toute sorte dont la pluplart des poêëtes contemporains, qu'il combattait, souillaient leurs ouyrages pour les rendre plus piquants. C'est à eux qu'il s'adresse dans les beaux vers suivants:
.„Ces dangereux auteurs Qui, de l'honneur en vers infames déserteurs, Trahissant la vertu sur un papier coupable, Aux yeux de leurs lecteurs rendent le vice aimable.“
Voilà un poète pénétré de la dignité de son art. Ce west pas, selon lui, seule- ment l'amusement que la poésie doit fournir au lecteur, c'est quelque chose de beaucoup plus grand et plus sérieux qu'il faut y avoir en vue, c'est, en un mot, de chercher à rendre les coeurs meilleurs et à remplir les àmes de nobles sentiments. C'est pour- quoi Boileau exige que quiconque veut être poète se fasse avant toutes choses homme
de bien; car, selon lui, „Le vers se sent toujours des bassesses du coeur.“
Les ouvrages d'Horace ne portent pas, il est vrai, l'empreinte de la haute vertu qui, chez Boileau, est en grande partie le résultat des doctrines du christianisme. La morale du Romain est plus ou moins celle d'un épicurien qui se livre au coeur joie aux jouissances de la vie; le luxe, les arts, l'amour, tout ce qui sert à rendre la vie commode et agréable, y sont au premier rang. Mais n'oublions pas qu'il faut en im- puter la faute bien moins à lui qu'à Pépoque où il a vécu. La société romaine, de- puis l'établissement de la monarchie, avait pris un caractère bien différent de celui qui, dans les temps de la république, y avait produit nombre de vertus pures et dés- intéressées qui n'ont jamais cessé d'attirer sur elles l'admiration de la postérité. Les grandes idées politiques ayant disparu à mesure que la liberté de P'individu avait été réduite par le nouveau régime, la religion et la morale du peuple ayant été dissolues par les désordres des longues guerres civiles qui avaient précédé la monarchie d'Au- guste, que restait-il à faire aux esprits bien doués que de s'en twenir à une espèce de résignation philosophique par laquelle seule on pouvait espérer remplacer ce que la vie avait perdu de biens moraux. De là,'étaient surtout les poètes qui recomman- daient, dans ce temps-là, à leurs compatriotes de conduire la vie de manière à s'y trouver le plus commodément et le plus à son aise possible et à ne se troubler ni s'embarrasser de rien. O'était-là aussi la morale d'Horace. Si, de plus, on a souvent voulu lui faire un tort d'avoir donné trop de flatteries à son souverain, reproche qu'on n'a pas laissé de faire à Boileau non plus, il ne faut pas oublier que la monarchie, à Rome sous Auguste non moins qu'en France sous Louis XIV, était devenue une espèce de culte, auquel méême les meilleurs esprits se faisaient presque honneur de payer tribut. Tout le monde sait d'ailleurs que ces deux monarques, en rendant la paix
civile à leurs pays après de longs désordres funestes et en protégeant et encourageant II


