Aufsatz 
Boileau dans son rapport avec Horace / Bielefeld
Entstehung
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JIII

pour lequel, comme il l'avoue franchement dans son Ode à Agrippa, les forces de son génie ne suffisaient point.

Si certaines qualités supérieures qu'on ne trouve que dans des poëtes du premier ordre, leur ont fait défaut, s'ils n'ont réuni en eux ni l'invention d'Homeère, ni le génie comique de Molière, ni la chaleur passionnée et l'élan d'enthousiasme de Pindare, ni la sensibilité de Tibulle, ils n'ont pourtant, ni Boileau ni Horace, manqué à aucum moment de la faculté de sentir et d'apprécier les beautés propres à chaque genre de poésie en perfection. On sait à quel point Boileau était épris d'admiration pour la douce et tendre peinture de l'amour dans les pièces de Racine, lui qui n'a guère ni chanté ni éprouvé la violence de cette passion.

Que tu sais bien, Racine, à l'aide d'un acteur,

Emouvoir, étonner, ravir un spectateur! s'écrie-t-il, tout transporté de l'admiration que lui inspire l'art consommé du grand peintre du cœur humain.

Voici encore comme il sait bien apprécier la puissante efficacité de l'amour dans la poésie:

De cette passion la sensible peinture. Est pour aller au coeur la route la plus sure.

Faut-il dire encore quelle fut son admiration pour Molière, cerare et fameux esprit, dont il a dit encore de son vivant que c'était sans comparaison le plus grand poète du XVII. siècle? Certes, l'invention et l'aimable vigueur comique de celui-ci n'ont jamais eu d'admirateur plus vif et plus sensé que l'implacable ennemi de tout ce qui répugne à la raison.

Il en est de méme d'Horace, autant qu'on en peut juger par ce qu'il a laissé d'écrits à la postérité. Grand connaisseur des anciens auteurs grecs, dont il recom- mandait sans cesse l'étude et l'imitation à ses compatriotes, il n'en a pas été moins susceptible des beautés des poésies contemporaines. S'il parait n'avoir su goüter ni l'emportement hardi de Properce ni la sensualité d'Ovide, les douceurs et la sensibilité de Tibulle et de Virgile ne lui en plaisaient que plus, ce que prouvent les éloges qu'il donne à ces deux poètes dans les poêmes qu'il leur a adressés. C'est par cette facilité de recevoir les plus vives impressions de tout ce qu'il y a de vrai et de beau dans les produits de l'esprit humain, jointe à la connaissance approfondie qu'ils eurent de leurs propres esprits, que Boileau et Horace ont pu devenir des juges presque infail- libles de toutes les choses littéraires de leurs époques.

La haute vertu de Boileau, la pureté des ses moeurs n'ont pas peu contribué à lui assurer le crédit que la supériorité de sa raison lui avait valu. C'était dans ce temps- une chose bien rare qu'un poèëte qui, comme lIui, regardait la vertu comme le plus bel ornement de sa vie. Voilà pourquoi aucun ne fut plus propre à tracer l'idéal d'un poète à l'opposition des moeurs corrompues des poòëtes à la mode. Ainsi, après avoir recommandé d'aimer avant tout la raison,

Aimez donc la vertu: nourrissez-en votre àme!