du temps d'Auguste, plus grands que lui par rapport à la force d'invention et à Is sublimité de sentiments, mais encore une grande influence sur le développement de la poésie dite classique des Romains en général, influence si étonnante qu'il n'y a rien à y comparer que celle que, seize siècles plus tard, Boileau allait exercer sur la poésie de sa nation.
Pour mieux concevoir ce qui a pu rendre ces deux poòètes si propres à l'emploi de régler et, pour ainsi dire, de surveiller la poésie de leurs temps, il faut regarder de plus près le caractère et le tour d'esprit de chacun d'eux. Ce qu'on remarque avant toutes choses chez l'un et chez l'autre, c'est une juste appréciation de sa propre valeur et une sincérité qui aime mieux avouer ses propres défauts que de les ignorer. De laà cette profonde connaissance qu'ils eurent de la nature de leurs esprits. Pourquoi Boileau, dans ses poésies, n'a-t-il point voulu chanter ramour? N'est-ce pas parcequ'il compre- nait très-bien que, faute de vraie et de touchante passion, il aurait fallu se passionner à froid pour faire des vers sur des choses qui ne venaient point de son coeur? C('est ce qu'il a prononcé lui-mêème dans les vers ouù il raille les galanterie froides qui fai- saient alors l'objet de toutes les poésies à la mode:
2„Faudra-t-il, de sang-froid et sans ètre amoureux, Pour quelque Iris en P'air faire le langoureux, Lui prodiguer les noms de Soleil et d'Aurore, Et, toujours bien mangeant, mourir par métaphore?“
Connaissant trop bien la mesure de ses forces pour s'essayer à des objets quril savait étre au dessus d'elles, il refusait aussi constamment de chanter les exploits de son souverain, täche pour laquelle il aurait fallu ou la sensibilité du poète lyrique ou l'invention du poète épique, qui, l'une et l'autre, lui on fait défaut. C'est ce qu'il avoue dans les vers que voiei:
„Jrais-je, dans une ode, en phrases de Malherbe, Troubler dans ses roseaux le Danube superbe?“
Sans cette exacte connaissance de ses propres facultés, serait-il jamais parvenu à éêtre un bon poête? J'en doute fort; car ce n'est que pour l'avoir perdue pour un moment qu'il a été tenté de composer l'Ode sur la prise de Namur, ouvrage froid et qu'il aurait mieux valu, pour la gloire de son auteur, n'avoir jamais publié.
Bien décidément Horace avait beaucoup plus de talent que Boileau pour le genre lyrique. Néanmoins il s'en faut qu'il ait tout-à-fait égalé les modèles grecs qu'il imi- tait. Ses Odes, quoiqu'on en puisse dire, sont plutèt le fruit d'une profonde êtude et d'un travail exquis que le produit d'une rapide imagination vraiment poétique. De là vient que ces chants, quelque charmants qu'ils soient sous tous les autres rapports, paraissent rarement étre d'un seul jet et manquent pour la plupart de force de con- ception. Aussi Horace a-t-il, non moins que Boileau, connu les bornes de son génie, et c'est justement ce qui l'a beaucoup aidé à occuper la première place parmi les poêtes lyriques des Romains. Cette sage modération qui lui faisait craindre le danger de marcher sur les traces de Pindare, l'empéchait aussi de se méêler du genre épique,


