v esprits d'alors ne pouvaient se défendre, o'était le précieux, c'est-à-dire, le style guindé et affecté, plein de sentiments forcés et imaginaires, et surchargé de toutes espèces de mouvements ridicules. L'hôtel de Rambouillet en avait donné l'exemple, et depuis on continuait à le cultiver dans toutes les coteries des faiseurs de méchants poêmes. Encore la vile condition de la plupart de ces poè- tes, leurs moeurs impures et grossières, leur avarice, leur libertinage et leur adula- tion, enfin la bassesse de leurs caractères, n'étaient que trop sensibles dans leurs ouvrages. C'est ce qu'on peut remarquer dans le genre qui s'appelait le galant, poésie subtile et recherchée et dont le licencieux était presque l'unique objet. De telle sorte n'étaient pas seulement les badineries imitées des étrangers, surtout des Italiens, fort en vogue dans ce temps-là. mais encore d'autres petites pièces peu chastes, dont on trouvait les exemples dans l'ancienne poésie française, mais qui, à cause des saletés dont elles étaient remplies, ne pouvaient plus éêtre conformes au goùt d'un monde plus civilisé et plus cultivé. Ni la discipline de Malherbe ni le génie de Corneille n'avaient suffi pour donner une juste idée de l'étendue et de la haute dignité de l'art d'écrire en vers et pour garder les esprits de tous ces défauts-là dont il vient d'etre parlé. Ces deux sages poètes n'avaient pu que proposer des modéèles du bon gout à leurs compatriotes, sans avoir réussi par là à les dégoùter des faux— semblants du pré- cieux ni des grossièretés du galant. Pour remplir cette täche importante il fallait un esprit droit et ferme, sans complaisance, ami de la vérité et intrépide de manière à ne rien cacher ni dissimuler qui put servir à décréditer les poètes en possession et à faire prévaloir les lois immuables de la raison humaine sur le tour d'imagination passager de la mode.
Tel était l'esprit de Boileau. Quiconque est au fait de P'histoire de la littéra- ture francaise de l'époque en question, sait que c'était une tache des plus difficiles que de lutter contre le mauvais goũt personnifié dans les poètes en crédit, des sottises desquels presque tout le monde alors était la dupe. On ne s'avisait guère, ni à la cour ni dans la ville, de ne pas trouver admirable la Pucelle de Chapelain ainsi que la Clélie et le Cyrus de Mdms. Scudéry, ouvrages des plus ennuyeux et remplis de toutes sortes de ridicules. II n'y avait pas jusqu'aux esprits les plus délicats qui, en quelque sorte, ne payassent tribut à la dépravation générale du gout. C'est peu en- core. Les mauvais poêtes, puissants par la vogue méême dont ils jouissaient, l'étaient encoré plus par les ligues qu'ils formaient entre eux à titre de coteries, pour se ga- rantir leur gloire les uns aux autres et pour tenir tête à quiconque s'aviserait de vou- loir la leur arracher. D'ailleurs, ils jouissaient de la faveur et de la protection des grand scigneurs qu'ils flattaient par leurs vers, et dont ils recevaient des pensions pour récompense de leurs basses flatteries. C'est à des ennemis si redoutables que le fils d'un greffier osa s'attaquer. Jeune homme de vingt-quatre ans, armé seulement de la haine que lui inspirait tout sot livre, il s'érigea en censeur des méchants ouvrages d'esprit de son époque, en versant dans ses satires littéraires, avec une causticité mordante, le ridicule sur les Chapelain, les Cotin, les Pradon, les Scudéry, enfin


