Aufsatz 
Boileau dans son rapport avec Horace / Bielefeld
Entstehung
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rien à Horace. De tous les écrivains de l'antiquité, à l'étude desquels Boileau s'était attaché, Horace fut celui qui exerçait la plus grande influence sur son génie. C'est qu'il rencontra un tour d'esprit qui ressembait le plus au sien propre, et qu'il trouva les modéèles de poésie les plus conformes à son naturel et à son goüt. C'est donc à cause de cette ressemblance intérieure des deux poòètes que, parmi tous les auteurs de F'antiquité, Boileau a choisi Horace pour le modèle qu'il se proposait de suivre. Sous ce point de vue ce n'est guère faire tort à la gloire de Boileau que de dire que, selon toutes les apparences, sans Horace la verve de son génie ne se serait peut-étre jamais développée avec tant de force, et qu'il est redevable au poète romain de ses plus beaux titres. Mais d'autre part, on n'a pas besoin d'étre un admirateur préoccupé de ses ouvrages pour convenir avec Voltaire de ce qu'il a très-bien fait ce qu'il a voulu faire et très-bien dit ce qu'il a voulu dire, de sorte qu'à moins de prétendre qu'il aurait mieux valu ne pas écrire ces ouvrages qui servent à amuser les lecteurs à la fois et à les rendre plus sages et plus hommes de bien, qu'à moins de dire que s'inspirer d'un modèle c'est le copier, on ne saurait se dispenser de reconnaftre que Boileau mérite le nom de poète avec autant de droit que celui qui lui a servi de modèle. Aussi lui a-t-on assigné sur le Parnasse français une place hororable près des meil- leurs esprits de son pays, et c'est en vain que, dans ces dernières années, des censeurs malveillants et peu au fait d'apprécier le mérite ont voulu l'en chasser. Ce n'est qu'en rendant à ses qualités ce qui leur est, que vu son génie fort ressemblant à celui d'Horace on lui a fait Phonneur de l'appeler l'Horace francçais.

En effet, il existe tant de traits de ressemblance entre ses deux poètes qu'on ne peut guère lire l'un sans penser à l'autre. Mêème tour d'esprit dans leurs ouvrages, avec plus de force et d'énergie dans Horace, par le bonheur d'une langue plus colorée et plus sonore, avec plus de souplesse et de grâce dans Boileau. Méme critique ex- quise, méme délicatesse de goũùt et méême fermeté et justesse de jugement dans les choses littéraires, si ce n'est que Boilcau par le trop de chaleur de sa bile satirique ou par la prévention se soit laissé plusieurs fois entrainer à des injustices. Sans avoir éte eux-mêmes des génies créateurs, ils ont tous les deux, par la supériorité de leur saine critique aussi bien que par la clarté et la précision, avec laquelle ils ont su pro- noncer leurs pensées et les rendre populaires à la fois et intéressantes, exercé une immense influence sur les ouvrages d'esprit de leur époque et sur ceux de la postérité. Venus à l'époque la plus brillante de leurs langues, l'un et l'autre en ont défendu les beautés innées contre les caprices de la mode et les attaques d'un mauvais goũt. En établissant les lois éternelles du vrai et du beau dans les choses d'esprit, ils ont à tout jamais immortalisé leurs noms, et de même qu'en aucun temps on n'a cessé jus- qu'ici d'étudier et d'admirer les ouvrages d'Horace, de même on ne laisserait point de gouͤter ceux de Boileau, quand méme un jour la langue dont il s'est servi en écrivant, ne serait plus parlée.

On sait que, dans le temps Boileau venait réformer la poésie, le tour d'esprit qui avait pris le dessus dans toute la littérature francaise, et dont méme les meilleurs