Aufsatz 
Boileau dans son rapport avec Horace / Bielefeld
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Boileau dans son rapport avec Horace.

Dans sa neuvième Satire Boileau nous fait savoir lui-méme que ses ennemis littéraires de la trempe de Pradon croyaient ne pas pouvoir mieux rabaisser son mérite qu'en lui reprochant de n'être qu'un gueux revéêtu des dépouilles d'Horace, c'est- à-dire, de n'avoir fait dans ses poèmes que dire ce que le poète romain avait déjaà dit avant lui. Soit préjugé soit ignorance, le même reproche a souvent été répété dans la suite par certaines gens érudits, qui, en s'évertuant à distinguer dans les ouvrages de Boileau ce qu'il y a de pensées imitées des anciens d'avec ce que personne n'a pensé ni exprimé avant lui, ont prétendu êter à sa gloire tout ce qu'ils y ont reconnu, comme des vérités empruntées. Certes il y en a un assez grand nombre dans Boileau, et lui-méême ne s'est jamais avisé d'en disconvenir. Mais ce qu'il y a d'aussi vrai, c'est que tous ces emprunts ont leur propre mérite. Car Boileau n'imite guère d'autrui que des pensées qu'il ne peut pas omettre sans que la chaine de son discours ne soit interrompue, et telle est son habileté en s'appropriant les vérités prononcées avant lui qu'il semble toujours les avoir trouvées le premier, et qu'à moins d'en con- naitre les inventeurs on les croirait n'être inventées que par lui-méme. Ainsi, on peut bien regarder Boileau comme un imitateur d'Horace, pourvu qu'on se fasse une idée claire et nette de cette espèce d'imitation, et qu'on ne la confonde pas avec le plagiat. L'imitation, telle que nous la trouvons dans Boileau, qu'est-ce autre chose que cette admiration enthousiaste dont, dans ce temps-, tous les esprits excellents de la France s'étaient épris pour les ouvrages de l'antiquité, dans lesquels on s'était ac- coutumé à trouver les modéèles les plus perfectionnés de chaque genre de compositions littéraires, et dont, loin de croire possible de les surpasser, on s'applaudissait d'avoir fidéèlement suivi les exemples? C'est pourquoi non-seulement Boileau n'évitait pas de dire, oùð la suite du discours'exigeait, dans une langue moderne ce qui a été dit, il y deux siècles, dans une langue qui ne se parle plus; mais il se fait encore hon- neur d'avoir su le premier exprimer en bon français, c'cst-à-dire, d'avoir éclairci et mis dans un beau jour certaines grandes vérités empruntées à Horace. Peut-être encore qu'il eùt trouvé de son chef les memes vérités, si, par hasard, il n'eüt eu aucune con-

naissance de son prédécesseur. Cependant ce n'est pas à dire que Boileau ne doive 1*