Aufsatz 
Calvin et Servet : (1509-1511-1553-1564) : esquisse biographique / par J. P. Magnin
Entstehung
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temps, à la sécurité des Eglises réformées; mais était-il donc chargé de la police des consciences dans les contrées catholiques? Nous ne saurions non plus accepter comme une chose naturelle, compatible avec l'esprit du christianisme, la dureté avec laquelle le réformateur s'exprime jusqu'au bout sur le compte de son rival, sans que la vue de l'échafaud puisse l'attendrir un seul instant. 1)

Les années qui suivirent le supplice de Servet furent loin d'être pour Calvin des années de paix et de repos; jamais il n'avait eu plus besoin de force physique et morale. En France, au lieu de s'apaiser, la persécution augmentait encore de violence, la guerre civile avec toutes ses horreurs allait éclater. L'église réformée aux abois recevait de son chef résidant à Genève, les conseils et les directions dont elle avait besoin pour soutenir la lutte. Fortifiés par les exhor- tations de Calvin, les martyrs marchaient avec joie au supplice.

En Angleterre, la réforme avait fait des progrès. Le jeune roi Edouard VI était entré de bonne heure en relation avec Calvin. Mais la mort vint détruire les espérances qu'on avait mises en ce prince doué d'éminentes qualités. Marie, sa scœur, lui succéda. Elle résolut d'extirper la réforme, et le sang commença de couler. Genève qui avait donné asile aux réfugiés ouvrit alors ses portes aux fugitifs de l'Angleterre(1555). Un temple leur fut prété pour le service divin, et l'un de leurs pasteurs fut le célèbre John Knox, le futur réformateur de l'Ecosse. En 1559 lorsque Elisabeth eut succédé à la sanguinaire Marie, les fugitifs purent rentrer dans leur patrie. Léglise française de Londres ne tarda pas à demander un pasteur. On luipréta Des Gallards, le méme qui avait porté à Edouard VI les livres de Calvin. Ainsi cette alliance qui depuis lors unit la puissante monarchie à la petite république fut encore l'œuvre du réformateur.

A l'intérieur, toujours sur le qui-vive, Calvin avait à contenir le turbulent parti des liber- tins, toujours prét à lui créer des difficultés soit de près, soit de loin. Exilés en 1555, ils s'étaient établis dans les environs immédiats de la ville et exerçaient de cruelles représailles sur des citoyens inoffensifs. IIs furent même sur le point d'obtenir l'intervention armée des Bernois pour leur rappel, mais Calvin réussit à conjurer l'orage, et Berne, non-seulement retira sa pro- tection aux libertins, mais les renvoya de son territoire. En 1561, les relations entre la France et Genève étaient des plus tendues et jamais peut-être celle-ci ne fut plus sérieusement menacée. A l'instigation du pape Pie IV et du cardinal Borromée, des lettres furent expédiées aux rois de France et d'Espagne pour les engager à tenter une expédition contre la rivale de Rome. Trois armées devaient à la fois envahir la petite cité incapable de se défendre. Après des mois d'une attente pleine d'anxiété, on regut au commencement de 1561 une lettre de Charles IX de France, qui enjoignait à Messieurs de Genève de rappeler sans délai lesprédicans de leur nation qui excitaient des troubles dans son royaume. Calvin fut chargé par le Conseil de répondre, il le fit, et sa lettre qui fut portée au roi très chrétien, signée des syndics et Conseil de Genève, est un modéele de fermeté et de prudence. Lesprédicans ne furent point rappelés, et Genève ne fut point prise.

Mais les libertins n'avaient pas cessé de conspirer contre leur patrie. Chassés des terres bernoises, ils se tournent d'un autre côté, et font cause commune avec le duc de Savoie, toujours

¹) A. Roget. Hist. du peuple de Genève depuis la Réforme jusqu'à l'Escalade. T. IV. p. 108 suiv.