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ung livre de non puniendis gladio haereticis. PFaut-il donc accuser Dieu de cruauté, quand il commande d'exterminer les hérétiques et apostats qui sont meurtriers des àmes jusques à n'épargner son propre père, fils ou femme, non plus quand il commande de punir P'homicide, le larcin et l'adultère?“ ¹)— A un siècle et demi de distance un autre magistrat de Gendève, Jean Antoine Gautier, secrétaire d'Etat, porte sur le mêôme événement un jugement qui'ne diffère de celui qu'on vient de lire, qu'en ce qu'il est plus développé et plus fortement marqué au coin de la tolérance moderne:
„J'ay déjà insinué cy devant que je ne pouvois pas passer sans quelque réflexion sur ce jugement si extraordinaire de M. Servet, qui fit tant de bruit dans le monde et si peu d'honneur à ceux qui en furent les auteurs.
„C'est une chose surprenante que, je ne dis pas des chrétiens, mais des personnes qui ont quelque idée des premiers principes de l'équité, ayant été capables de se porter à une extrémité si horrible que celle de condamner à mort un homme qui croyoit de tout son cœur l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. Servet n'avoit aucun doute sur la divinité de l'Ecriture sainte. Tout son crime était d'en expliquer mal certains passages auxquels il ne donnoit pas le même sens que Calvin et les autres docteurs réformés, parce qu'il ne croyoit pas en conscience pouvoir le donner et que son esprit étoit fait d'une telle manière qu'il lui était impossible d'éêtre dans d'autres sentimens. Il n'y avoit que Dieu, le grand scrutateur des cœurs, qui put savoir si les intentions de Servet étoient droites, ou s'il n'y avoit dans son procédé que malice, hypocrisie et dissimulation, si c'était par vaine gloire ou pour offenser la Divinité qu'il avangçoit ses opinions, ou s'il agissoit loyalement.“— L'on a expliqué de deux façons diamétralement opposées la con- damnation de l'Espagnol. Les uns y voient un acte de vengeance personnelle, les autres une nécessité politique, sociale et religieuse. II est probable que l'une et l'autre de ces appréciations sont exagérées et que la vérité est entre deux. M. A. Roget nous paraft dans le vrai quand, avec l'impartialité qui le distingue, il s'exprime ainsi à cet égard.„Il ne faut pas perdre de vue qu'au momeut où Calvin et ses amis s'employèrent à perdre Servet, ils étaient exaspérés, poussés à bout, soit par les exploits sanglants de la réaction catholique en Angleterre, soit par les supplices qui, dans toute l'étendue de la France, décimaient leurs coreligionnaires. Que dans cette situation périlleuse, serrés de près par un adversaire implacable, Calvin et ses compagnons d'armes, voyant surgir un nouveau venu qui menaçait de saper leur autorité, se soient décidés à l'immoler au moyen du glaive de la loi, cela est sinon louable, au moins assez compréhensible; car les hommes d'Eglise, l'histoire le proclame, ne sont pas moins accessibles aux suggestions de la passion que les autres mortels.— Aussi ne pensons-nous pas que le supplice de Servet, con- sidéré en lui-même, imprime sur la mémoire du réformateur une tache bien noire. Mais ce qu'on est en droit de reprocher à Calvin, au nom des principes éternels de la morale, c'est d'avoir dénoncé Servet à un tribunal catholique en se servant de documents confidentiels, c'est d'avoir livré'infortuné fugitif aux magistrats genevois alors qu'il allait tenter la fortune en Italie. Nous accordons que Calvin était dans son rôle lorsqu'il veillait à sa manière, qui était celle de son
¹) Chronique Manuscrite V. ch. 50.— Cit. par Roget, T. IV. p. 124. 4*


