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Il est impossible d'analyser ici cette vaste composition. Nous avons dit plus haut quel en était le but et l'idée fondamentale. Nous renvoyons, une fois pour toutes, à l'œuvre capitale de M. Tollin sur Servet: Servet's Lehrsystem. ¹) oü l'on trouvera in extenso, l'exposition critique complète de la doctrine du savant et infortuné Navarrais.
L'ouvrage fut tiré à mille exemplaires. La plus grande partie de l'édition fut expédiée à Lyon et à Francfort s/M. et la vente devait avoir lieu aux foires de Päques. Mais Servet fut trahi, un exemplaire fut envoyé à Genève, à Calvin qui, décidé à en finir avec le„très superbe et diabolique Espagnol“ et peut être aussi dans l'espérance d'obtenir la mise en liberté de quel- dues réformés détenus dans les prisons de Lyon, le fit dénoncer à Vienne. Malgré la protection dque lui avait accordée l'archevéque, Servet fut emprisonné, son procès instruit, et il fut con- damné à être brlé vif, lui et ses livres. Mais son effigie et ses œuvres furent seules la proie des flammes, car Michel de Villeneuve, reconnu sur les documents fournis par Calvin, pour Michel Servet, l'auteur du livre de Trinit. erroribus, condamné jadis par P'Eglise, n'avait pas attendu la fin de la procédure. Se doutant que l'issue lui serait funeste, il avait réussi à s'échapper. Après avoir erré près de trois mois sur les frontières de la France et de la Savoie, il avait pris la résolution de se rendre, par la Suisse, en Italie, à Naples, où il comptait beaucoup de com- patriotes et d'y vivre en pratiquant la médecine. II eut la fatale idée de passer par Genève, bien qu'il düt savoir de quelles intentions Calvin était animé à son égard; il y fut arréêté dans l'après-midi du 13 aoũt, et après une longue et douloureuse détention, condamné par le conseil de Genève, avec l'assentiment des églises suisses, à périr dans les flammes. L'exécution eut lieu le 27 octobre, sur le plateau de Champel, à quelque distance de la ville. La triste fin du mal- heureux Espagnol a été trop souvent racontée pour que nous essayions de refaire,“ après tant d'autres, et surtout après Rilliet de Candolle et A. Roget le récit de ses derniers instants, et du procès qui les précéda. Ajoutons qu'il n'avait consenti à aucune rétractation, et qu'il mourut en invoquant Jésus, fils du Dieu éternel, et non, comme le voulait l'église calviniste, Jésus, fils éternel de Dieu.
Calvin triomphait, c'est vrai, mais si ses adversaires dans le domaine religieux comme dans le domaine politique étaient momentanément réduits au silence, ce silence était celui de la stupeur; il fut court, et la situation du chef de l'Eglise réformée ne s'était pas sensiblement améliorée. La lutte ne devait pas tarder à recommencer plus àpre que jamais. Quant à l'im- pression qu'avait produite sur le peuple le supplice de Servet, voici ce que disait, à ce sujet, un magistrat genevois, Michel Roset, contemporain de l'événement. On y trouvera, affaibli sans doute, mais fidèle, l'écho de l'opinion publique du moment:„Cet exemple a esté renommé bien loing à la réjouissance de plusieurs qui rendaient gräces à Dieu, qui avait par le glaive de Genève, exterminé ung tel ennemy de la gloire de Dieu et du salut des hommes. Mais d'autres en ont jugé autrement, disans que c'estoit trop grande rigueur de faire mourir les hommes pour opinions et que plustOôt il fauldroit attendre la résipiscence de telles gens, et là-dessus ont basti
¹) Das Lehrsystem M. Servet's, genetisch dargestellt.— Gütersloh, Bertelsmann, I. Bd. 1876, II et III, 1878.— Voir aussi à ce sujet Pintéressant travail de M. C. Dardier— dans la Revue historique T. X. 1879.


