foi, sans les bonnes œuvres.“ A la place du Dieu unique, vous avez un eerbère à trois tétes; à la place de la vraie foi, vous avez un songe fatal, et pour vous, les bonnes œuvres sont de vaines peintures. La foi de Christ est pour vous une pure fumée, sans efficacité aucune; l'homme est pour vous un tronc inerte et pour vous Dieu est la chimère du serf-arbitre.....
Vous fermez aux hommes le royaume des cieux,... malheur à vous! malheur! malheur!... I vous déplait, peut-être, que je prenne ma part dans le combat de l'archange Michel[contre le grand Dragon—...... J'et que je désire vous y voir prendre la voôtre.....„— Puis, saisi
de l'esprit prophétique, il ajoute:„Je sais certainement que je mourrai pour cette cause, mais mon courage n'en est pas abattu, afin que moi, disciple, je ressemble à mon maitre.“ ¹) Sa lettre se termine par une citation tirée du prophète Habacuc, légèrement modifiée:„Je me tiendrai à mon poste, je veillerai et je verrai ce qu'il(l'Eternel) me dira. Car elle s'accomplira, elle (la prophétie) s'accomplira certainement et ne tardera pas.“
Selon ses calculs, les temps étaient accomplis et le moment était venu pour lui de prendre sa place dans les rangs des hommes qui livraient le grand combat; persuadé de la sainteté de sa mission, il était décidé à faire paraitre son livre. Il eut beaucoup de peine à trouver, non pas un éditeur, mais un imprimeur(on prétend qu'il paya lui-méme les frais d'impression). Le méme fait qui, environ 18 ans auparavant avait engagé Calvin à entrer décidément dans l'arène en publiant son Institution, parait avoir porté Servet à rompre le silence qu'il gardait en fait de théologie, depuis la publication de ses dialogues, c'est-à-dire depuis plus de vingt ans. La persécution redoublait de fureur: Lyon était devenu le centre de l'activité du tribunal de l'in- quisition: les prisons regorgeaient; büchers et potences étaient en permanence; le sang coulait à flot. Rien d'étonnant, par conséquent, que Michel Villeneuve eüt eu de la peine à trouver quelqu'un qui osât braver les limiers de la police inquisitoriale. II réussit néanmoins; Balthazar Arnoullet, de Vienne, consentit enfin— le péril était grand— à se charger de l'impression. Les précautions les plus minutieuses furent prises, et le 29 septembre 1552, le jour de la St. Michel, l'impression commença. Deux presses avaient été secrètement établies dans une maison isolée, et sous la direction de l'auteur qui corrigeait lui-même les épreuves, la Christianismi Restitutio fut achevée le 3 janvier de l'année 1553. Le livre parut sans nom d'auteur et sans l'indication ordinaire du lieu d'impression. Cependant on ne peut pas dire que l'ouvrage füt anonyme dans l'acception complète du mot, car les initiales du nom de Servet se trouvent au bas de la dernière
M. S. V. 1 TaSge logue Ier intitulé„De Trinitate divina“ à la page 199, on lit en toutes lettres le nom de Servet. Voici ce passage:„— L'Elohim de Moise créant au commencement, et le Verbe de Jean.... se rapportent à une seule personne, à Christ.— Pierre. Voilà Servet que je cherchais.“ D'ailleurs, son prénom de Michel est contenu dans la citation hébraique qui est au bas de la page du titre, et le passage grec qui y fait suite, le désigne clairement.
page, avec la date au-dessous(Michael Servetus Villanovanus) et au début du dia-
¹1)... Mihi ob eam rem moriendum esse certo scio; sed non propterea animo deficior, ut fiam discipulus similis praeceptori....


