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avait le talent de se faire aimer de tout le monde; aussi sa maison était-elle le centre d'un cercle nombreux, et chaque jour plus étendu, de ce que la société lyonnaise avait de plus distingué. D'un courage éprouvé, médecin de corps du duc de Lorraine, il avait suivi celui-ci sur tous les champs de bataille. Créé chevalier à Marignan, membre honoraire du conseil médical de Pavie, il avait épousé une parente du fameux Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche, et avait fixé sa résidence à Lyon. En 1520, il avait été élu membre du conseil municipal de la ville. Lors de la révolte qui éclata neuf ans après et qui fut causée par la fawine qui désolait alors la France, il s'était réfugié à Nancy, auprès du duc de Lorraine chez lequel il passa quelque temps. De retour à Lyon, il avait été nommé échevin pour la troisième fois, et avait fondé le collège de la Trinité et la faculté de médecine. D'une activité infatigable, on le trouvait partout oð ses secours étaient nécessaires, dans le palais des grands aussi bien que dans l'humble de- meure des gens du peuple. Quant à sa valeur comme écrivain, il n'était guère autre chose qu'un compilateur d'un goüt très douteux et sans critique. Néanmoins il possédait de grandes connais- sances spéciales, et ne contribua pas peu à détruire nombre de préjugés qui, de son temps, régnaient en médecine. Tel était P'homme avec lequel ses travaux de correcteur mirent Servet en rapport. Champier exerça sur lui l'espèce de fascination qu'il exergçait sur tout son entou- rage. Tout en révisant avec Servet les épreuves de son Pentapharmacum, il l'initia aux prin- cipes de son art, et lui inspira le goüt de la médecine, science pour laquelle les Espagnols éprouvaient plus de mépris que d'enthousiasme. Champier connaissait trop bien les hommes pour ne pas apprécier bientöt les qualités intellectuelles qui distinguaient si éminemment le jeune Espagnol. Servet, de son côté, fut sensible aux égards dont il était l'objet de la part du médecin lyonnais et se souvint toute sa vie des services que celui-ci lui avait rendus. II eut, peu de temps aprèes, l'occasion de lui témoigner sa reconnaissance, en prenant publiquement son parti dans une querelle que Champier eut avec un médecin de Heidelberg, Fuchs. ¹)
Mais le but de Servet était atteint; ses travaux lui avaient procuré assez d'argent pour qu'il lui fuͤt possible de mettre ses projets à exécution, il partit donc pour Paris. A peine arrivé dans la capitale, il ne tarda pas à se distinguer comme étudiant, et même comme pro- fesseur; en effet, il se mit bientöôt à„lire les mathématiques“ comme on disait alors, au collège des Lombards, c'est-à-dire qu'il enseigna la géographie et l'astronomie ou plutôt l'astrologie. Ce cours auquel il avait donné pour base son Ptolémée, réunit un auditoire aussi nombreux que distingué.(Nous avons déjà dit que la science alors à la mode en France était la géographie et que François ler lui-même s'en occupait.) Au nombre de ses auditeurs les plus assidus, il faut mentionner un jeune prélat, Pierre Paulmier, fort bien vu en cour, et particulièérement du- roi, qui lui avait confié plusieurs missions délicates dont il s'était acquitté avec le plus grand succès, Pierre Paulmier avait vu ses services récompensés par sa nomination à l'archevêéché de Vienne en Dauphiné. Ce fut à cette époque(1536) que Servet publia en faveur de son ancien maitre Champier, un petit écrit qui fit sensation.*) Villeneuve, qui avait eu le bonheur d'avoir
¹) V. Tollin: Des Arztes M. Servet Lehrer in Lyon, etc.(Virchow— Archiv f. pathol. Anatom. u. Physiol. 1874.) 2) Brevissima Apologia pro Campeggio in Leonardum Fuchsium.


