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Afin de s'acquitter à son honneur de la tâche qui lui était confiée, le jeune Espagnol s'entoura de tous les ouvrages dont il pouvait avoir besoin et que les frères Trechsel mirent libéralement à sa disposition; il se perfectionna dans la langue grecque et les mathématiques, et se mit résolument et joyeusement à l'œuvre. La traduction latine qui faisait la base de son travail était celle de Pirckheimer-Friese, la plus estimée du moment. II rétablit dans beaucoup de passages où il avait été altéré, le texte de l'écrivain original. Non content de cette amélio- ration, il ajouta encore des commentaires aussi remarquables par l'étendue que par l'exactitude et la profondeur des connaissances dont ils faisaient preuve. Rompant avec la tradition, il donna place, dans son travail, à toutes les observations qu'il avait eu l'occasion de faire dans ses voyages; rectifia de nombreuses erreurs, traduisit en langue moderne les noms de lieux, en un mot, dans ce nouveau domaine, il se montra novateur de génie et posa les fondements de la géographie et de la grammaire comparées. ¹) Ce liyre, véritable chef-d'œuvre d'érudition et de typographie, fut achevé en un an et eut le succès qu'il méritait. Malgré son prix élevé, le début en fut si considérable, qu'une nouvelle édition, corrigée et augmentée, parut sept ans apréès. Disons en passant que cette première édition de Ptolémée, qui fut en même temps son premier titre à la renommée de savant, devait être, dix-huit ans plus tard, fatale à son auteur, Ville- neuve. A propos de la Palestine, dont les glosateurs de Ptolémée parlaient comme d'un pays où selon le texte des livres saints, coulaient le lait et le miel, le prédécesseur de Servet avait ajouté une remarque dans laquelle il rétablissait les faits dans leur actualité et disait que la Palestine était aride et désolée. Servet conserva d'abord cette remarque, mais la supprima prudemment dans sa seconde édition. Cependant Calvin en fit un des chefs d'accusation dans le procès qui fut dans la suite intenté à l'Espagnol, et la lui reprocha comme une calomnie contre Moise, qui parle en termes précis de la fertilité de la Terre promise. Michel de Villeneuve traduisit en outre pour les frèéres Trechsel un assez grand nombre d'autres ouvrages scientifiques. En 1534, pendant qu'il travaillait à son Ptolémée, le premier médecin de Lyon, homme bien connu par sa science et la largeur de ses idées en matière religieuse, Symphorien Champier, fit imprimer, chez les patrons de Servet, son Gallicum Pentapharmacum. La correction des épreuves fut confiée à Villeneuve. Celui-ci, pour lequel la pharmacie aussi bien que la médecine était un domaine entièrement nouveau, sentit la nécessité de se mettre en relation directe avec l'auteur. Les deux hommes ne tardèrent pas à s'apprécier mutuellement. Champier n'était pas un génie, mais il s'intéressait à tout ce qui avait rapport à la science dans les sphères les plus diverses, et chaque année il faisait paraitre un ouvrage plus ou moins étendu sur un sujet quelconque. Médecine, chimie, astrologie, théologie, philosophie, rien ne lui était étranger.— Affable envers chacun, il
1¹) Tollin: Michael Servet als Geograph.(Zeitschr. für allgem. Erdkunde von Prof. Dr. W. Koner. X. Bd.— 1875— p. 182.)— Voici le titre complet de l'ouvrage:. Claudii Ptolomaei Alexandrini Geographicae enarrationis Libri octo: Ex Bilibaldi Pirckheymheri translatione,
sed ad Graeca et prisca Exemplaria a Michaele Villanovano jam primum recogniti. Adjecta ab eodem scholia, quibus exoleta urbium nomina ad nostri saeculi morem exponuntur. Quinquaginta illae quoque cum veterum, tum recentium tabulae adnectuntur, variique incolentium ritus et mores explicantur. Lugduni ex officina Melchioris& Casparis Trechselii fratrum. MDXXXV.


