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l'on espérait que Servet rétracterait ses précédentes assertions, n'est guère autre chose qu'une répétition des mêmes thèses qu'il soutient avec plus de vivacité encore. II est vrai qu'il débute par une sorte de rétractation, mais ce n'est qu'un artifice littéraire, car il dit expressément que, s'il désavoue ce qu'il a écrit dans ses sept livres sur la trinité, ce n'est pas parce que cé'est faux, mais parce que c'est une œuvre imparfaite et précoce.¹) Sa péroraison est trop caracté- ristique pour être passée sous silence:„Aucun des deux partis, dit-il, ne possède la vérité pure „et complète, mais chaque parti n'en détient que des fragments, chacun reconnatt l'erreur de „l'autre et ne sait pas découvrir la sienne. Toutes les difficultés seraient facilement aplanies si „chacun dans l'Eglise pouvait parler librement, si les anciens prophètes voulaient faire silence et „écouter ce que l'Esprit dit aux nouveaux. Mais nos contemporains luttent entre eux pour avoir „l'honneur. Que le Seigneur confonde tous les tyrans de l'Eglise! Amen.“ ²) II n'était paÄs dif- ficile pour les contemporains de deviner quels étaient ceux que Servet nommait les anciens pro- phètes: Luther, Mélanchton,(Ecolampade, etc.; quant aux nouveaux, c'étaient évidemment Servet et ceux qui se rallieraient à ses doctrines. Ces dialogues, véritable déclaration de guerre jetée à la face de l'Eglise tout entière, eurent pour conséquence de détacher complètement de Servet ceux des réformés qui avaient espéré une rétractation ou tout au moins une modification des prin- cipes formulés l'année précédente. Repoussé par les églises d'Allemagne et de Suisse, se voyant menacé dans sa personne, Servet avait changé de nom et de carrière. II s'était rendu à Lyon d'abord, puis à Paris oùð il voulait se vouer aux sciences exactes pour lesquelles, nous l'avons dit précédemment, il avait des aptitudes exceptionnelles.
Michel de Villeneuve— c'est ainsi qu'il se nomma jusqu'à sa mort,— ne parait pas avoir trouvé d'abord dans la capitale ce qu'il espérait. II fallait de l'argent pour vivre et pour prendre ses inscriptions à l'université, et sa bourse était des plus légères. Il revint donc à Lyon ou il pensait trouver plus facilement qu'à Paris, un emploi lucratif de ses nombreuses connaissances. Il ne se trompait pas. Lyon était alors le centre d'un commerce de librairie très étendu. Les frères Trechsel(Melchior et Gaspard), Allemands d'origine, y avaient fondé une imprimerie qui- était devenue célèbre. Grâce aux découvertes récentes des Colomb. des Cortez, des Americo Vespucci, des Pizzarro, des Vasco de Gama, la géographie était à la mode; le roi François ler possédait dans cette science des connaissances très remarquables pour l'époque. ³) Cependant, en dépit des découvertes qui avaient opéré une véritable révolution en géographie, Ptolémée était demeuré l'autorité supréme en cette matière. Les traductions latines alors en usage étaient tellement entremélées de fables, que les frères Trechsel résolurent de venir au devant des désirs des savants en mettant au jour une nouvelle édition de l'œuvre du géographe grec. Michel de Villeneuve qu'ils avaient engagé comme correcteur, fut chargé de cet important et difficile travail.
¹)„Quae nuper contra receptam de Trinitate sententiam septem libris scripsi, omnia nunc, candide Lector, retracto. Non gquia falsa sint, sed gquia imperfecta et tanguam a parbulo parpulis scripta.“
²) Vid. A. Roget. Hist. du peuple de Genève, depuis la Réforme jusqu'à l'Escalade. T. IV p. 9.
3) Christianissimi Gallorum Regis exemplo, qui ut est studiorum amator, ita in hoc genere ad miraculum usque doctus.— Ptolem. praef. 2e edit.


