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était ce Villeneuve que nous voyons surgir tout à coup sur la route de Calvin? Ce’ n'était autre que le Navarrais Michel Servet alias Revès que nous connaissons déjà et qui, pour sa süreté personnelle, avait jugé prudent de changer de nom et de prendre celui de la ville natale de son père, Villanova, en Aragon. Que s'était-il donc passé pour que nous retrouvions à Paris le secrétaire de Quintana que nous avions laissé à Bologne, faisant ses préparatifs de départ pour la diète d'Augsbourg? Le voici.
La diète avait eu lieu. Le jeune Espagnol avait assisté, imperturbable, à toutes les dis- cussions. Au lieu de le ramener à la foi de ses pères, vieuæ chrestiens, ce qu'il avait vu et entendu n'avait fait que le convaincre encore plus profondément de la nécessité d'une réforme dans l'Eglise, plus radicale encore que celle qu'avaient entreprise Luther et Calvin. Ce n'étaient pas certains points de détail qu'il voulait modifier, c'était le christianisme entier qu'il prétendait ramener à sa pureté primitive; mais sa position de secrétaire du confesseur impérial, ne lui laissait pas ses coudées franches; il quitta Quintana. En quels termes se sépara-t-il de son maitre? S'enfuit-il clandestinement? Reçut-il son congé en forme? On T'ignore: quoi qu'il en soit, ce qui est certain, c'est qu'avant la fin de l'automne(1530) il était à Bale, s'entretenant avec les principaux réformateurs des idées qui le préoccupaient depuis longtemps. GEcolampade, avec lequel il se mit en rapport, l'accueillit d'abord amicalement. Frappé de la hardiesse des vues du jeune homme, mais effrayé des conséquences que leur réalisation ne manquerait pas d'avoir, il essaya de l'arréter sur la pente fatale ou il le voyait s'aventurer si témérairement. Servet tint ferme, quitta Bâle et fit imprimer, sans avoir modifié en aucune façon sa manière de voir, le livre ou il exposait ses principes.¹) De Bale, Servet s'était rendu à Strasbourg ou il avait vu Bucer et Capito avec lesquels il s'était entretenu des bases de sa nouvelle doctrine. Ces deux grands docteurs de la réforme évangélique, qui Avaient été frappés, comme Ecolampade, du génie de l'Espagnol,— Capito surtout,— lui témoignèerent quelque sympathie. Mais deès que le livre eut paru, ils reconnurent que Servet avait tenu, quant au fond, peu de compte de leurs observations et se séparèrent de lui. Servet qui était retourné à Baâle dans l'espérance de renouer ses relations avec(Ecolampade, fut reçu par celui-ci avec froideur.(Ecolampade lui reprocha méme de n'avoir pas cédé à ses recommandations et d'avoir persisté dans ce que lui,(Ecolampade, avec toute l'Eglise réformée, considérait comme une erreur des plus pernicieuses. II lui fit en- tendre à la fin qu'il ferait bien de quitter la ville au plus töt. En effet, consulté par le conseil d'Etat sur ce que l'on devait faire de Servet,(Ecolampade avait répondu qu'il ne fallait pas l'inquiéter, espérant qu'il s'en tiendrait à ce premier écrit, qu'il le rétracterait peut-être, et que l'on devait se contenter d'interdire la lecture de son livre. Servet partit. En réponse aux ob- jections qu'avait soulevées de toutes parts, la publication de son livre, il fit paraittre, dès l'année suivante, un nouvel ouvrage: deux dialogues sur la Trinité avec un supplément.²) Ce livre ou
¹) De Trinitatis erroribus libri septem, per Michaelem Serveto alias Reves, ab Aragonia Hispanum, Anno MDXXXI(120 ff. petit in-S).— On crut que ce livre avait été imprimé à Bale, mais on apprit plus tard, de la bouche de Servet mêéme, qu'il lYavait été à Haguenau.
²) Dialogorum de Trinitate Libri duo. De justicia Regni Christi Capitula quatuor. Per Michaelem Serveto alias Reves ab Aragonia Hispanum. Anno MDXXXII.


