mais même des gens d'église: l'archevéque de Paris et le recteur de l'université. Les orthodoxes romains étaient inquiets: ils redoutaient la princesse Marguerite. On raconte que dans une assemblée où l'on discutait des moyens de paralyser son influence, un moine, Toussaint Leman, proposa de la coudre tout simplement dans un sac et de la jeter à la Seine. ¹)
L'entrevue projetée entre le roi de France eut lieu. François Ier revint très satisfait de Marseille: il avait fiancé son fils à la nièce de Clément, Marie de Médicis. Aussi se crut-il obligé d'user de complaisance envers le pape. Peu après son retour à Paris, il établit, par un décret signé de sa main, un tribunal chargé de poursuivre et de punir l'hérésie. Les prisons ne tardèrent pas à se remplir et les büchers recommencèrent à flamber de plus belle. Les réformés étaient traqués comme des bétes fauves. Les principaux périrent dans les flammes, et les autres, privés de directeurs et n'ayant pas encore eu le temps de songer à une organisation régulière, se seraient probablement dispersés, s'ils n'avaient en l'idée de se grouper autour de Calvin, le seul homme qui leur parüt capable de se mettre à leur téête. Calvin, nous l'avons déjà dit, comptait au nombre de ses amis et de ses adhérents secrets, un grand nombre d'hommes aussi influents par leur haute position que par leur mérite personnel: il ne désespérait donc pas d'agrandir, avec leur concours, le champ de la réforme. Le recteur de l'université, Cop, médecin de profession, était un homme de grand savoir et lui était fort affectionné. Les discours qu'il prononçait d'ordinaire à certaines solennités attiraient toujours un nombreux auditoire. Un jour de fête de l'église qu'il devait, comme de coutume, parler en public, il chargea Calvin de lui composer son discours. Celui-ci lui„batit dit Th. de Beze, une oraison tout autre que la cou- tume métoit.“ En effet, la doctrine romaine y était fort maltraitée dans deux de ses points fondamentaux, et l'orateur donnait clairement à entendre que la réforme, telle que la comprenaient les évangéliques, devait être dorénavant le but de tous les efforts des gens de bien.
L'auditoire, comme on le pense, fut étrangement surpris de cette harangue à laquelle il était loin de s'attendre. Quelques carmes déchaux qui se trouvaient là coururent dénoncer le recteur au tribunal auquel ressortissaient les crimes d'hérésie. Le parlement s'émut et se saisit immédiatement de l'affaire, mais Cop s'enfuit à Bale, sa patrie. Les juges, du reste, ne s'y trom- pèerent pas: ils n'eurent pas de peine à reconnaitre dans Calvin le véritable auteur de la harangue incriminée et procédèrent à son arrestation. Celui-ci, prévenu à temps, quitta Paris et échappa aux poursuites. ²) Après un court séjour chez un gentilhomme de sa connaissance(le seigneur d'Hazeville) qui possédait un chateau près de Mantes, le fugitif, sous le nom de Charles d'Espeville, se rendit à Angoulème, auprès d'un chanoine qu'il savait lui être dévoué. Ce chanoine, nommé Du Tillet, était un homme de science; il possédait une riche bibliothèque, et Calvin en profita pour se remettre à l'étude. II fit d'Angouléme plusieurs petits voyages. En 1534 il s'était rendu à Noyon, sa ville natale, pour y signer sa renonciation à ses 2 bénéfices. C'est alors qu'il rompit définitivement avec l'église romaine. II avait séjourné près d'un an chez Du illet et ¹) Schmidt.— Biographie de Gérard Roussel p. 92—(cité par Stähelin: J. Calvin I. p. 21).
²) Selon une tradition populaire, les amis de Calvin l'enfermèrent dans une corbeille qu'ils firent descendre dans la rue par une fenétre. Revétu d'habits de vigneron et la pioche sur l'épaule, Calvin avait quitté la ville sans avoir été reconnu.(Stähelin— Calvin I. p. 31.)


