14—
cents écus d'or ¹), somme énorme pour le temps. Les échevins de la ville estimaient néanmoins que le roi avait bien placé cet argent, car Bourges, disaient-ils dans une lettre adressée au chancelier de France, Duprat, n'a jamais été si brillante et si florissante. D'autres leçons que celles d'Alciat captivaient l'intérét de Calvin. Appelé par le roi, comme son collègue de Milan, Melchior Wolmar, savant helléniste, enseignait le grec avec éclat. A côté de la langue d'Homère qu'il professait officiellement, il enseignait en secret, et pourtant sans se cacher trop, celui d'un autre livre encore peu connu, le grec du Nouveau-Testament. ²) C'est alors que commença dans l'ame de Calvin ce combat mystérieux qui devait aboutir à un changement complet dans ses opinions religieuses. Calvin hésita longtemps à se séparer de l'Eglise: il avait vu, avant de quitter Paris, s'allumer les premiers büchers; d'ailleurs il se croyait avant tout, homme d'étude et non d'action, et comme il l'avoue lui-méême, il était„timide et mou au danger.“ Néanmoins, pressé par ses amis, il commença à évangéliser. Sur ces entrefaites, son père mourut. Calvin qui avait alors 20 ans, quitta Bourges et revint à Paris. En 1532, le chef futur de l'église réformée française préluda à ses immenses travaux scripturaires par la publi- cation d'un livre dont le contenu était tout à fait étranger aux grandes questions qui se débattaient alors en Europe. Son commentaire sur le De clementia de Sénèque est un ouvrage de pure érudition. II fit à son auteur une réputation de savant et d'excellent latiniste, mais il ne lui rapporta pas autre chose. Disons en passant que les nombreux écrits de Calvin ne l'ont pas enrichi. Voltaire qui n'avait guère de sympathie pour lui, et qui connaissait la valeur de l'argent, ne peut s'empécher de rendre hommage au désintéressement du Picard, comme il l'appelait.
En attendant, les idées nouvelles en matière de doctrine avaient peu à peu gagné du terrain. Le spirituel et licencieux François Ier s'était montré d'abord favorable à la réforme, moins par conviction que par le secret plaisir qu'il éprouvait à faire pièce aux moines. Son brillant entou- rage avait paru s'intéresser à ces questions; sa sœur même, Marguerite, n'avait pas tardé à se déclarer ouvertement pour le mouvement anticatholique, mais ces dispositions avaient bientôt changé, et la persécution avait commencé. En 1523, la première victime avait été Jean Leclerc, cardeur de laine. On aurait pu croire que les flammes de son bücher n'avaient fait que raviver l'ardeur des religionnaires, car P'infection s'était répandue de proche en proche et Macon, Lyon, Grenoble, Toulouse, Bourges, Orléans, Troye, Rouen et bien d'autres villes encore retentissaient des prédications des réformés. Néanmoins, en 1533, l'influence de la princesse Marguerite était de nouveau momentanément, prépondérante, et le roi demeurait neutre entre les deux partis. François ler devait avoir, en octobre, une entrevue à Marseille avec Clément VII et dans chacun des deux camps, dans celui de réformés comme dans celui des catholiques, on- attendait avec anxiété ce qui résulterait de cette entrevue. Les évangéliques avaient bon espoir, car ils comptaient de leur côté, non-seulement un grand nombre des premiers noms de la science,
1) A sa mort, Calvin laissa a ses héritiers le quart de cette somme; c'était toute sa fortune.
2) Ce fut dans la maison de ce professeur que Calvin rencontra un jeune homme que son esprit éveillé et, les agréments de sa personne, faisaient bien venir auprès de tous. Vingt ans plus tard, P'adolescent devenu homme, renonçait à une vie brillante et dissipée, arrivait à Genève où il abjurait le catholicisme et devenait l'ami de cœur de Calvin, son bras droit, le continuateur de son œuyre, c'était Théodore de Bèze.


