Aufsatz 
Calvin et Servet : (1509-1511-1553-1564) : esquisse biographique / par J. P. Magnin
Entstehung
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Calvin était sur le point de commencer ses études théologiques proprement dites à la Sor- bonne(université), quand une lettre lui fut remise, qui bouleversait tous ses plans d'avenir. Son père, nous dit-il lui-même,considérant que la science des lois enrichit communément ceux qui la suivent, lui enjoignait de renoncer à la théologie et de se vouer à la jurisprudence. Calvin qui ne parait pas avoir été faché de cette décision inattendue, quitta Paris et se rendit à Orléans ou enseignait un des professeurs de droit des plus distingués, Pierre de l'Etoile, plus tard prési- dent au parlement de Paris. L'étudiant Calvin fut ce qu'il avait été simple écolier. L'enfant que ses camarades appelaient l'Accusatif, s'était développé, et tous les traits qui le distin- guèrent dans la vie, n'avaient fait que s'accentuer. Un homme qui certes ne le flatte pas, l'un de ses ennemis les plus acharnés, Florimond de Raemond, nous a tracé de lui le portrait suivapt ¹):Sous un corps sec et atténué, il faisoit montre déjà d'un esprit vert et vigoureux, prompt aux reparts, hardi aux attaques, grand jeüneur, soit qu'il le fit pour sa santé et pour arréêter les fumées de la migraine qui l'assiégeoit continuellement, soit pour avoir l'esprit plus délivre, afin d'écrire, étudier et améliorer sa mémoire. II parloit peu. Ce n'étoient que propos sérieux et qui portoient coup..... Il se distinguoit par un esprit actif et une forte mémoire, avec une grande dextérité et promptitude à recueillir les legons et les propos qui sortaient de la bouche de ses maitres, qu'il couchait après par écrit avec une merveilleuse facilité et beauté de langage faisant paraitre à tous coups plusieurs saillies et boutades d'un bel esprit. II avait alors 18 ans.

La méme année ouð Michel Servet, étudiant les lois à Toulouse(1528)prit connaissance de la saincte ecriture ce livre tomba aussi dans les mains de Calvin: il venait d'abandonner la théologie. Nous ignorons ce qui se passa dans son dme à cette rencontre. Bien que son caractère offrit à plus d'un égard certaine ressemblance avec celui de Servet, il en différait en ce que Calvin plus méthodique, plus froid, de sens plus rassis, n'était pas homme à se passionner du premier coup. Dominé par un iuvincible besoin de logique, il fallait, avant qu'il l'adoptat, et la fit sienne, qu'une idée se füt présentée à lui sous toutes ses faces. En général il l'abordait sans parti pris, mais une fois adoptée, il la suivait dans ses dernières conséquences. On ne dit pas que dès l'abord il se soit passionné de la Bible comme Servet, dont le tempérament était beaucoup plus vif et porté aux extrêèmes, mais on sait ce qu'elle devint pour lui.

Au bout d'un an, l'élève était passé maitre,on ne le tenoit déjà plus pour escolier, mais pour enseigneur. A plusieurs reprises il fut en effet chargé de suppléer quelque professeur. On prétend même que dans la fameuse question du divorce de Henri VIII, d'Angleterre, Calvin alors àé de 19 ans, fut appelé à donner son avis avec les premiers juristes de l'Europe. II quitta Orléans pour se rendre à Bourges ouù enseignait Alciat, celui que Servet brülait d'entendre en ltalie. François ler qui se faisait gloire d'appeler, sinon auprès de sa personne, du moius dans son royaume, tous les hommes qui s'étaient fait un grand pom dans les arts ou les sciences, avait confié au savant milanais, la chaire de professeur de droit à Bourges. Alciat avait été regu

avec de grands honneurs. Son salaire avait été porté, si l'on en croit la chronique, à douze

¹) Dans sonHistoire de la naissance, progrès et décadence de l'hérésie dans ce siècle.