raisons décidèrent le notaire dans son choix. Tout d'abord, Toulouse, la ville la plus importante du midi de la France, était depuis longtemps renommée par sa faculté de droit(Academia Tolosana jurisprudentorum mater). L'antique capitale de l'Aquitaine avait été de tout temps en étroits rapports avec l'Aragon, et plus d'une fois on avait vu les premières familles de ce royaume, pour échapper aux persécutions religieuses ou politiques, passer les monts et venir chercher à Toulouse une nouvelle patrie. D'ailleurs, en 1245, lors de la fondation de l'université de Valence(Espagne), la ville avait créé des bourses pour les jeunes Espagnols qui voudraient aller faire leurs études à Paris, à Montpellier ou à Toulouse. Ce fut donc dans cette dernière ville que le secrétaire de Quintana devait aller, par ordre paternel, étudier la jurisprudence. Mais, pour cela, il n'était pas nécessaire que Servet se sépardt de son maitre. On sait que le roi François Ier avait défié en combat singulier l'empereur et roi Charles-Quint(28 mars 1528). Les cortès s'opposèerent au duel. Pour prouver au monde qu'il ne le cédait pas en bravoure à son chevaleresque rival, l'empereur l'accepta. Des messagers furent envoyés pour traiter des conditions du combat. Le point épineux de l'affaire était d'arriver, tout en sauvant les apparences, à obtenir précisément le contraire de ce que portait le texte écrit de l'ambassade, c'est-à-dire que le duel n'eüt pas lieu. On comprend tout ce qu'une telle mission réclamait d'adresse. C'est à Quintana qu'elle fut confiée. Dans l'été de 1528,— il avait alors 17 ans— Servet entreprit son premier voyage. II n'eut pas besoin d'aller bien loin pour se convaincre que s'il est agréable de courir le monde, la chose a aussi ses désagréments. Les Espagnols passaient, à l'étranger, pour des modèles d'hospitalité. Servet eut l'occasion, probablement à son dam, de faire l'expérience du contraire.„Chez les Espagnols, dit-il dans son Ptolémée, les étrangers sont accueillis avec dureté et impolitesse, si bien que le voyageur, fatigué de la route, est réduit à mendier son pain.“¹¹)
A quoi songeait le futur étudiant en droit quand, confondu dans la suite du confesseur impérial, il gravissait lentement, à dos de mulet, les pentes des Pyrénées? Poursuivait-il, dans son esprit, le réve qui avait charmé son enfance, la mission chez les infidèles? Continuait-il à chercher la solution du mystérieux problème qui l'avait si longtemps préoccupé? Y avait-il définitivement renoncé? Le caractère du jeune homme étant donné, cette dernière supposition est peu vraisemblable. II espérait sans doute que là bas, au delà de ces monts dont le soleil faisait étinceler les sommets blancs de neige, il trouverait enfin ce qui était l'objet de ses plus ardentes aspirations, la vérité. En tout cas, ce à quoi il ne pouvait songer, ce qu'il lui était impossible de prévoir, c'est qu'il quittait son pays tant aimé pour n'y rentrer jamais.
Pendant que le père Quintana et ses gens s'acheminent vers Toulouse, pénétrons dans la ville à la suite de Th. de Bèze et de M. Tollin, et essayons de nous faire une idée du lieu ou devait se décider la destinée de Michel Servet.
A cette époque, Toulouse, déjà célèbre dans l'antiquité comme un des foyers religieux des Gaules, était renommée en Europe„par le train de la marchandise et l'estude du droit.“ Ce n'était pas encore la magnifique cité que cent ans plus tard Scaliger le jeune trourvait plus
¹) Apud Hispanos duriter et inciviliter, ut itinere fessus sibi cibum vicatim quaerere cogatur(Hispan. ad Galliam compar.).


