Aufsatz 
Calvin et Servet : (1509-1511-1553-1564) : esquisse biographique / par J. P. Magnin
Entstehung
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avait paru, et d'autres encore, si bien que le 20 mars de l'année suivante(1521), Léon X qui commençait à s'alarmer, défendit par deux brefs l'entrée des écrits de Luther en Espagne. Si les Espagnols faisaient bon accueil aux idées de l'ex-moine allemand, ce n'est pas qu'ils se sentissent portés à embrasser sa doctrine, c'est simplement qu'ils le considéraient comme leur futur libérateur de la cour de Rome. Seryvet lut-il alors quelques-uns des traités de Luther? C'est peu probable; en entendit-il parler? C'est possible; ce qu'il y a de certain, c'est que dès cette époque il se passionna pour les questions religieuses. En attendant, il poursuivait ses études avec succès, toujours sous la direction d'Angleria qui sut, par ses remarquables leçons, éveiller son intérét pour la géographie et l'histoire. Quelques-uns des biographes de Servet prétendent qu'à l'äge de 14 ans, il avait fait de tels progrès, qu'il entendait le latin, le grec, l'hébreu, et avait des connaissances assez étendues en philosophie, en mathématiques, et dans la théologie scolastique. Il est très vraisemblable que ces biographes se trompent; il n'apprit le grec et l'hébreu que plus tard, mais ce qui est hors de doute et ce qui le distinguait entre tous les jeunes gens de son àge, c'était sa merveilleuse aptitude à acquérir les connaissances les plus diverses, et en si peu de temps, que la légende raconte qu'il les devait non pas à ses facultés exceptionnelles et à son ardeur au travail, mais à des puissances occultes, au diable. Michel avait déjaà franchi les portiques des 7 arts libéraux comme on disait alors, ses études préparatoires étaient achevées et il allait aborder des études plus sérieuses, lorsque Angleria mourut. C'était pour ses élèves une perte irréparable; le chagrin que dut éprouver Michel se laisse facilement mesurer aux termes dans lesquels il parle de son ancien et bien aimé maitre. Qu'allait devenir notre étudiant de 14 ans? La Providence y pourvut. Un moine franciscain, de l'ordre des déchaussés, Juan Quintana, docteur en théologie, membre de la chambre haute d'Aragon, et connu au loin par son éloquence, venait d'étre appelé auprès de l'empereur en qualité de prédicateur ordinaire de sa Majesté. La correspondance particulière et officielle du prélat prit une extension telle par suite de cette nomination, que le pesoin d'un aide se fit bientöt sentir. La position élevée de Quintana et la nature méême des services qu'il attendait de son secrétaire, rendait le choix de celui-ci difficile. II s'agissait non-seulement de trouver un aide intelligent, rompu au travail, mais il fallait encore que cet aide possédat certaines connaissances précises, et eüt regu une éducation distinguée. En relation avec la famille Servet- Revès, le prédicateur de l'empereur(bientôt son confesseur), n'hésita pas à demander au notaire de Tudeèle son fils Michel pour secrétaire. Celui-ci consentit avec d'autant plus d'empressement que, par ce fait, le jeune homme pourrait continuer ses études à Saragosse; d'ailleurs don Juan Quintana était bien vu non-seulement de l'empereur et de son entourage, mais aussi des Cortes, et le notaire était trop bien de son pays pour ignorer que c'était autour de ces deux puissances, l'empereur et les cortès, que gravitait tout le monde politique de l'Aragon.

Elevé dans les pratiques les plus orthodoxes de la religion catholique et animé d'une piété vraie, Michel voyait déjà le doigt de Dieu dans tout ce qui lui arrivait d'heureux ou de malheureux:Non enim er nobis negue nostra natura vita est, sed secundum gratiam Dei datur, écrira-t-il bientõôt.¹) Il crut donc que Dieu voulait le retenir à Saragosse, la ville

1) De Trinit. error. fol. III 59 b.