Aufsatz 
Calvin et Servet : (1509-1511-1553-1564) : esquisse biographique / par J. P. Magnin
Entstehung
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renaissance des études classiques. Petrus Martyr ab Angleria, à Arone sur le lac Majeur (1455), s'était de bonne heure rendu célèbre par ses études sur l'antiquité. Après aroir passé quatorze ans à Rome, fatigué des discordes qui déchiraient l'Italie, il avait accompagné en Espagne l'ambassadeur romain et arait pris part, comme volontaire, à la guerre contre les Maures(1489). Après la chute de Grenade, la reine Isabelle sut le retenir par ses largesses, et Angleria entra au service de l'église d'Espagne. IIl se voua entièrement à la littérature et à l'éducation de la jeunesse noble du royaume. Sa réputation s'accrut et bientét il n'y eut pas un jeune homme de bonne maison qui n'eüt sucé comme le dit un historien le lait de sa science. Charles-Quint qui avait succédé aux rois de Castille et d'Aragon, et qui se plaisait à favoriser les hommes de science, avait comblé Angleria de faveurs. Mais la science seule ne distinguait pas le Magister Hispaniae: une piété profonde et sincère en faisait un homme à part. La guerre qu'il avait vue de près, avait excité en lui des sentiments d'une immense pitié pour les infidèles, et au lieu du fer, c'était par la persuasion qu'il voulait amener les ames à Christ. Tolérant au sein d'une époque d'intolérance, chrétien convaincu en un temps et en un pays ou la foi se formulait par des büchers, Angleria était bien le maitre qu'il fallait au jeune Navarrais. Plus soigneux de former l'esprit de ses élèves que de le meubler, il avait l'art de leur faire parcourir le trivium et le quadrivium de rigueur sans qu'ils s'en aperçussent, et de développer chez eux la faculté d'observation qui découvre, et la réflexion qui sait tirer les conséquences de la découverte faite pour marcher à de nouvelles. Ce fut sous la direction de cet homme que Michel Servet, avide de savoir, fut placé par son père. IIl dut à Angleria le plus net de ce qui fait sa gloire: la méthode d'observation. Ainsi nous trouvons au début de la carrière de ces deux hommes, Servet et Calvin, appelés à se rencontrer plus tard dans de terribles circonstances, deux précepteurs auxquels l'un et l'autre se plaisent à rendre hom- mage des succès qu'ils remportèrent dans la suite. Cordier, pour Calvin, Angleria, pour Servet. Calvin rappelle en simples et nobles expressions la dette contractée envers son ancien maitre; Servet, extrémement sobre d'ordinaire de termes louangeurs, célèbre le sien commeJ'illustre orateur milanais, le conseiller des Rois Ferdinand et Isabelle d'Espagne, etc. ¹)

Il y avait à peine un an que Michel Servet avait commencé ses études, lorsque se passa daus l'antique capitale du royaume d'Aragon un événement qu'il ne devait jamais oublier. En avril 1522, le pape Adrien VI se rendit dans l'antique églisedel Salvador de Saragosse. II était venu de Rome, en pieux pélerin, baiser dans le cloitre de St. Engracia, les restes de St. Lambert. Désireux de laisser un souvenir qurable de cette visite, il fonda l'ordre des Trini- tarios observantes pour l'adoration de la Trinité et le rachat des chrétiens esclaves chez les Maures. L'esprit du moment était à la conversion des infidèles, et Servet dans son zèle juvénile, a se demander de bonne heure s'il n'existait pas de moyens de conversion plus efficaces que ceux qu'il voyait employer autour de lui, le fer et le feu. A cette époque, les écrits de Luther avaient déjà passé les monts: ils avaient excité en Espagne un véritable enthousiasme. La méme année, une traduction espagnole de son commentaire de l'épitre de St. Paul aux Galates

¹) Tollin. Servet's Kindheit und Jugend in Kahnis Zeitschrift für die hist. Théol. 1875, p. 558.