Aufsatz 
Calvin et Servet : (1509-1511-1553-1564) : esquisse biographique / par J. P. Magnin
Entstehung
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de son héros; ensuite, le bäton du voyageur à la main, il a commencé à travers la France, la Suisse, l'Allemagne, un voyage de découvertes, suivant avec une admirable süreté toutes les traces qu'avait laissées de son passage ou d'un séjour momentané, l'homme qu'il s'était proposé de réhabiliter. M. Tollin a publié, soit séparément, soit dans divers journaux et revues, le résultat de ses études et de ses recherches. Cet immense labeur commence à porter des fruits, et non-seulement en pays de langue allemande, mais en France, dans la Suisse française, en Italie, en Espagne, méme, une statue lui a été élevée, la lumière se fait autour du nom de Servet. Si, pour beaucoup de gens, et peut-être pour la plus grande partie de ceux qui ne le connaissent que de éputation, l'Espagnol est encore un homme aux idées religieuses entachées d'hérésie, il occupe enfin la place qui lui était due: il a pris rang au nombre de ces hardis pionniers de la pensée qui élargissent l'horizon de la science et frayent de nouvelles voies à l'humanité. Servet peut revendiquer à bon droit, le titre de novateur de génie dans les sciences naturelles. Créateur de la géographie comparée, il précède les Mercator, les Ritter, les Humboldt; en physiologie, il découvre la circulation du- sang, la petite et aplanit la voie à Harvey et aux devanciers de celui-ci; en thérapeutique, son traité des sirops donne à la science médicale une direction nouvelle: il n'est pas jusqu'à la météorologie oùð cet esprit investigateur et sagace n'ait laissé son empreinte.

On comprend que dans un cadre aussi étroit que celui-ci, il w'est guère possible que d'effleurer un aussi vaste sujet. Cependant j'ai cru qu'il ne serait pas inutile d'exposer suc- cinctement et parallèlement à celles de son antagoniste religieux, les phases principales de la vie d'un homme dont un des plus grands malheurs a été de venir au monde trois siècles trop töôt. Je m'estimerais amplement récompensé de ma peine, si ce travail, malgré ses imperfections et qui n'a aucune prétention à l'originalité, pouvait contribuer à dissiper les erreurs qui ont cours, encore à l'heure qu'il est, à l'endroit de Michel Servet.

Qu'il me soit permis, avant d'aller plus loin, d'exprimer ici, à M. Tollin, tous mes remerciements pour l'obligeant empressement avec lequel il a bien voulu me renseigner sur plusieurs points de détail.

Suivant l'ordre des temps. je commencerai par Calvin.

Le 10 juillet 1509, venait au monde à Noyon, petite ville de Picardie(dép. de l'Oise) déjà célèbre dans l'histoire par son ancien évéché et l'élection de Hugues Capet, un enfant qui devait devenir, lui aussi, le chef d'un royaume bien autrement étendu que celui de la troisième race des rois de France.('était le petit-fils d'un obscur tonnelier. Le père du nouveau-, qui n'était autre que Jean Calvin, était notaire apostolique, procureur fiscal du comté, promoteur du chapitre et secrétaire de l'évéque. Toutes ces fonctions étaient plus honorables que lucra- tives, et la famille de Gérard Chauvin(ainsi se nommait le père du grand réformateur) était nombreuse, de sorte que le superflu était loin de régner au logis. Cependant Gérard était bien vu de la noblesse et du clergé, en particulier de l'évéque(Charles de Hangest), et si la position n'était pas brillante, elle était du moins à l'abri de la misère. Ambitieux, pour lui-même d'abord, et pour ses enfants ensuite, tous les pères le sont plus ou moins Gérard Chauvin