Calvin et Servet.
(1509— 1511— 1553— 1564.)
Esquisse biographique par J. P. Magnin.
Una sola est perfecta justitia, quae ex sola fide Jesu Christi.— Fest. Christianismi, p. 343.
Acteurs dans le grand drame qui ensanglanta une partie de l'Europe pendant presque tout le XVIe siècle, et qui remua la société jusque dans ses fondements les plus profonds, les deux hommes qui ont porté ces noms ont exercé, chacun dans sa sphère, une influence décisive dont les traces ne sauraient s'effacer.
Si tout, ou peu s'en faut, a été dit sur le chef de l'Eglise réformée française, si amis et ennemis, adhérents et adversaires se sont unis pour nous révéler les moindres détails de l'œuvre et de la vie de Calvin, et si nous pouvons poser comme fait, que cet homme est un des per- sonnages historiques sinon le mieux, du moins le moins mal connus, il n'en est pas de même de Servet. Pendant une longue suite d'années, et s'il faut préciser, pendant trois siècles, le nom de l'infortun6 Navarrais est resté synonyme d'hérétique détestable, de peste du genre humain, de monstre dont il faut purger la terre. De temps à autre, il est vrai, et même im- médiatement après sa mort, se sont bien élevées quelques voix qui ont essayé de plaider sa cause, mais c'était au nom de l'humanité, de la tolérance en général qu'elles reprochaient au soi-disant pape de Genève, le supplice de celui qu'on nomme sa malheureuse victime. Personne, du reste, n'avait fait pour lui ce que Voltaire avait fait pour Calas, le martyr de Toulouse; personne, jusqu' à nos jours, n'avait travaillé hardiment et impartialement à sa réhabilitation définitive. Cette täche, un ecclésiastique protestant allemand, un homme aussi éminent par l'étendue de ses connaissances que par la justesse de son jugement, M. Henri Tollin, licencié en théologie, se l'est imposée, et l'œuvre qu'il a entreprise il y a bientôt trente ans, et, il faut le dire, avec succès, touche à sa fin. Soumettant à un minutieux et scrupuleux examen tout ce qu'on avait écrit avant lui sur Servet, M. Tollin est remonté aux sources, non point aux sources plus ou moins troubles des faiseurs ordinaires de biographies et de panégyriques, mais aux sources vives, aux seules vraies. Il a fait une étude sérieuse des œuvres méêmes du savant espagnol; puis, après avoir compulsé avec la patience d'un bénédictin les correspondances et les œuvres des contemporains de Servet, il a noté avec soin tous les passages ouù il était question
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