Aufsatz 
Jose-Maria de Hérédia
Entstehung
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3 représenter. Le vers entre ses mains devient si souple qu' il se désarticule: tantéot nous le voyons se déployer largement, tantôt, au contraire, il se brise et se cabre tel que le couple athlètique.

2. Maris Stella.

Maris Stella, par son coloris et sa tonalité, diffère entiéerement de la poésie précédente: au lieu de couleurs éclatantes, nous n'avons que des teintes effacées; nous n'entendons plus la clameur des éléments en démence, mais une prière mélancolique en mineur; c'est celle de ces femmes de Bretagne dont les maris sont partis pour de lointains rivages. Elles sont venues s'agenouiller sur la côte, et égrener au son de l'Angélus leurs oraisons résignées. II s'exhale de tout ce tableau je ne sais quelle émotion douce et recueillie qui fait qu'on se sent religieusement ému. La premiére strophe nous dépeint l'attitude et le

costume de ces pécheuses: Sous les coiffes de lin, toutes croisant leurs bras

Vôtus de laine rude on de mince percale, Les femmes, à genoux sur le roc de la cale, Regardent l'Océan blanchir l'ile de Batz.

N'est-ce pas toute la paysanne bretonne? Ces femmes sont à genoux, comme on les sait souvent; mais quand elles regardent l'Océan, il me semble les voir mieux encore; car leurs yeux sont plus expressifs qu'aucum détail de leur costume: fixés sur un point de l'infini, brülant d'une ardeur fiévreuse, ils nous font pénétrer tout le secret de leur vie intérieure. 3

Ce sont leurs maris et leurs fils dont elles implorent ainsi le retour; ceux de Paimpol, d'Audierne et de Cancale, de ces villages qui fournissent le plus de hardis marins. Mais combien parmi eux ne rentreront point: ce dernier vers tinte comme l'écho lointain d'un glas funèbre:

Les hommes, pères, fils, maris, amants, la-bas,

Avec ceux de Paimpol, d'Audierne et de Cancale, Vers le Nord, sont partis pour la lointaine escale.

Que de hardis pêcheurs qui ne reviendront pas!

Aussi ces femmes commencent-elles à prier à haute voix, dominant la rumeur de la mer; elles

invoquent le secours de l'Etoile protectrice des marins. Par-dessus la rumeur de la mer et des côtes Le chant plaintif s'élève, invoquant à voix hautes L'Etoile sainte, espoir des marins en péril..

A leurs voix bientôt se mèle l'Angélus qui ordonne de se prosterner à ces fronts noirs de häle, dernier détail réaliste; puis celui-ci lui-mèême avec la fin du jour s'éteint, et rien n'est plus joli que cette dégradation savante des sons qui lentement agonisent à travers un ciel crépusculaire:

Et l'Angélus courbant tous ces fronts noirs de häle, Des clochers de Roscoff à ceux de Sybiril S'envole, tinte et meurt dans le ciel rose et pale.

3. La Prière du Mort.

Ainsi que je l'ai déjà dit, Hérédia évoque quelquefois des tableaux d'une profonde mélancolie qui trahissent une tristesse passagère.La prière du Mort en est un. Pas de trace ici d'images brillantes; le début déjaà, par l'évocation d'un deuil, éveille une pitié émue:

Arrète! Ecoute-moi, voyageur. Si tes pas

Te portent vers Cypseèle et les rives de l'Hèbre, Cherche le vieil Hyllos et dis-lui qu'il célèbre Un long deuil pour le fils qu'il ne reverra pas.