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done en partant de ce principe que M. Ackermann établit dans chaque mot de plus d'une syllabe un seul accent tonique„qui n'a plus la mème place rationelle, mais la méme place matérielle,“ vu que l'immense majorité de ces syllabes finales tiennent leur accent devenu national non par étymologie mais par analogie, tandis que le corps du mot primitif, devenu moins fort et moins national, n'offre qu'une faible pression de la voix, que lauteur nomme accent d'appui, posant sur la consonne du radical. „Par ce mouvement de baisse et de hausse la voix est toujours poussée en avant, et cela donne à la prolation française quelque chose d'elastique et d'accéléré.“ Voilà ce que nous avons appelé, en parlant le langage des prosodistes, un mélange d'iambes et d'anapestes ²⁴) en opposition avec l'allemand, qui offre un plus grand nombre de trochées et de dactyles. C'est done de la combinaison de ces deux accents fixes avec ceux qui proviennent du mouvement de la pensée, ²⁵) et qu'on nomme accent oratoire, jointe à l'observation des syllabes longues, aux césures et à la rime, que se formera, comme dans l'allemand, un système de versification wixte, non proprement métrique, mais rhythmique qui, étant fondé non sur les principes des lanßues quantitaires, mais sur ceux de la langue nationale, ramenera la langue francçaise sous la bannière qui rallie toutes ses sœurs, et que les législateurs du langage n'auraient jamais du déserter. Ce système, une fois généralement recu, aurait mème sur celui de la scansion ²⁸) italienne cet avantage qu'il ne serait pas de pure convention, mais palpable aux organes, puisque les cadences qu'il offrirait seraient les mèmes qu'on fait entendre dans la lecture de la prose élevée.
Qu'on commence done par lire et faire lire aux élèves des morceaux de belle prose, en observant attentivement les effets de la ponctuation, pnis des vers d'une facture distinguée, afin de former P'oreille à Pharmonie; qu'on observe les accents toniques et oratoires, sans négliger les syllabes longues, en évitant toutefois Jallure scandante dans laquelle retombent involontairement les élèves allemands; qu'on tienne la césure dans les grands vers, et qu'on laisse au lecteur à juger si la langue bien reconnue et maniée sans préjugé, est harmonieuse ou non. Alors il sera juste de dire avee Ancillon: ²⁷)„qu'il y a des langues d'une harmonie plus régulière, mais qu'il n'y en a aucune qui, dans sa perfection, ait quelque chose de plus léger, de plus dégagé des sens, de plus éthéré, et par la mème de plus éminemment fait pour la prose élevée. Voilà ce que M. Sehwab a appelé aurea medioeritas. Nous pensons que les vers suivants pourront convainere ceux qui sauront les lire comme les lisait Delille, que ce poète savait exprimer en vers harmonieux toutes les situations imagi- nables, sans s'écarter en rien des règles de Boileau.
²³) Elementarlehrbuch p. 116.
*²) Une harmonie qui ne recevrait pas son caractère du mouvement des pensées, et des passions, mais de combinaisons purement musicales des mots, serait une harmonie froide et stérile; elle parlerait à P'oreille, mais elle ne dirait rien à Timagination et au cœur. Ancillon, Peusées, p. 122.
²⁰) Scansion, mot barbare que l'Académie ne connait point. Voir Gründliche Lehre der italieniſchen Aus⸗ ſprache, Skanſion und Betonung der italieniſchen Verſe, von Dr. Fr. Valentini. Berlin, Barth, 1834.
²¹) Pensées II, p. 31.


