11
Et que le feu du froid desormais puisse triomfer, Et que le froid en fen perde sa lente vigueur, Ainsi s'assopira mon torment, et la cruanté Qui me ruine le corps qui me ruine le cœur.
Ces essais eurent le sort commun à toutes les implantations forcées: greffes exotiques placées sur un sauvogeon, ils dépérirent, et il faut aujonrd'hui en déterrer les débris dans les bibliothecques. Hors les cabinets de certains savants, on continua à faire des vers rimés, en suivant strietement les regles posées par Richelet; l'alexandrin fut assujéti à une sévérité pédantesque, et Boileau, souvent plus versificateur que poète, prit possession du Parnasse, resté vacant depuis la ehute de Ronsard. Toutefois, le dix-hnitième sièele, gros de scepticisme, ramena à la charge le système métrique renouvelé des Grecs, mais les efforts de ses partisans ne servirent qu'a lui faire porter le dernier coup. Espérons du moins qu'on n'y reviendra plus.
Mais outre le génie scholastique qui présida à la formation du langage national, il y eut encore une autre raison qui vint entraver le développement de son système phoniqae, ce fut son universalité. Il est pardonnable à Me. de Staëél de prétendre que le français doit peut-ètre plus sa culture aux étrangers qu'à la nation elle-meème; à aussi juste titre, on pourrait trouver dans la coopération de l'étranger une des sources principales de sa corruption ²⁰). M. Sehawab ²¹) nous démontre bien plus elaire- ment que lorsque cette langue fut devenue, non-seulement l'instrument de la diplo- matie, mais, bien auparavant, de toutes les nations commercantes de l'Europe, ehaque corps de nation y mit du sien: en cherchant à en débrouiller les principes, chaque peuple y appliqua sa modulation nationale; par suite de cet amalgame, on eut tant d'accents divers, toscan, espagnol, breton, allemand, qu'il n'y en eut plus aucun de prédominant; c'est dans ce sens que les académiciens curent le droit de proclamer la sentence interprétée par tradition que, pour bien parler francçais, il faut parler sans accent.
Après tant d'aventures d'une part, de tàtonnements et de defaites de l'autre, il fallut un Italien pour mettre les Francais sur la route qu'ils auraient duù suivre de prime abord: ce fat M. Scopa qui montra du doigt le vrai principe, en scandant son „Canto armi pietose e'’l capitano;“ mais, moins heureux que Lulli, son compatriote, il ne put vaincre le préjugé national; ses démonstrations n'eurent pas plus de succès que le Traité de Dubroca; aussi est-il juste de dire que les règles de l'accent posées par le dernier de ces écrivains, chose bien étrange, se sentent fortement de l'accent allemand. Comment persuader les Francais de la justesse d'un systeme qui preserit- de prononcer: ardeur, transport, fleuri, sommet, maison, attirer, attraper, concevoir, champignon, fermeté, adroit, audace? Il est plus que probable que, si M. Scopa
²0) Voir Antibarbarus der franzöſiſchen Sprache. Frankfurt, Brönner, 1852. 21) Dissertations sur l'Universalité de la Langue française, par Schwab et Rivarol. Berlin, Decker,
1784. 2*


