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barbare aux premiers commentateurs, obtint droit de bourgeoisie, à condition qu'il se déferait de son aspiration trop rude pour le gosier des enfants de Lutèce. Bref, on nivela, on aplanit tout, et l'on vit des lors le système d'égalité se franchir un chemin bien uni par le langage national. Que devint alors la modulation tonique des mots? Mais, nous disent les grammairiens, nous en avons parlé, nous avons démontré jusqu'à T'évidence que nous avons, comme les Grecs, trois accents distincts. Sans donte, la cause n'existant plus, on prit le signe pour J'effet: de mème qu'on a fait de 6ν νμQ0 le mot rime, dès qu'on eut introduit dans l'éeriture les trois accents ¹⁷) empruntés des Grees, employés en partie et d'une manière bien différente dans le latin, on erut s'ètre mis au niveau d'Athenes. Des lors on s'habitua à suivre machinalement les règles de la prononciation, telles qu'elles furent établies par les grammairiens; les écoliers, voyant ces mèêmes signes dans les langues mortes employés de diverses facons et pour un but bien différent, leur donnèrent partout la mèême valeur ou ne leur en attri- buèrent aucune. 3 Cependant Ronsard, dont on a trop méconnn le mérite, trop exagéré les défauts, s'efforçait de donner de l'énergie et de l'élévation au langage poétique; sa muse latinisante et gréciſiante devint bientôt magniloguante et hauttonnante; mais les innovations de ce hardi poète, fèté, adoré des grands, effarouchèrent la cohorte des courtisans scholastiques: des lors se déclara un combat de corps à corps; le maitre du Parnasse français fut déchu de sa souveraineté; la délicatesse de la cour fit la loi aux poètes, et toute épithète forte ou hardie fut condamnée par l'aréopage académique; de la vient qu'une foule de racines latines introduites ou conservées dépérirent faute de culture et m'eurent jamais de dérivés; ¹⁵) encore les vocables qui faurent autorisés par le tribunal suprème se formerent-ils de la manière la plus arbitraire; ¹³) de cette manière le vocabulaire poëtique diminua de plus en plus et offrit l'opposé de toutes les autres langues cultivées, dont la poésie est, moyennant la liberté accordée aux poètes, beaucoup plus riche que la prose; les composés que Ronsard et ses collègues avaient tenté d'introduire furent rejetés sans examen, tandis que d'autres furent con- servés sans leurs primitifs. Ce n'est donc pas sans fondement que le Dictiounaire de
— ¹2) A Pégard du grec nous le prononçons à notre manière, et nous plaçons les aecents selon les regles que les grammuiriens nous en donnent, sans que ces accents nous servent de guide pour eélever ou pour abaisser le ton. Pour ce qui est du latin, nous ne faisons sentir aujaurd'hui la quantité que par rapport à la pénultième, encore faut il que le mot ait plus de deux syllabes. Eneycl. méth. art. Accent.
¹8) Les verbes expugner, intelliger, vulnérer ue sont pas usités, quoiqu'on se serve des dérivés inex- pugnable, invulnérable, intelligible. On a des architraves et point de traves, des architectes, et point de tectes. II y a, dit Voltaire, des choses ineffables et point d'effables; on est intrépide, et point trépide; impotent, et jamais potent; il y a des imprudents, des insolents, mais ni solents, ni pudents; enfin il y a des mots isolés qui sout comme d'anciennes monnaies ramassées par hasard: tels sont agresseur, cauehemar, chenapan, ambiant, écrin, aulique, et tout ce qu'on appelle expressions consacrées.
¹⁰) On dit cheval, mais cavale et eavalier; homme, mais viril et humain, ennemi, inimitié; aimable, amabilité; bachelier, baccalauréat, etc. Enfin, M. Kolbe aurait raison de dire que les langues dérivées sout mortes dans leurs éléments, si le dix-neuvième siècle n'avait ajouté au Dictionnaire de TAcadémie un Complément qui en double le volume.
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