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Pendant les cinq sièeles qui précèdent le règne de Louis XI, le francais, formé d'abord des débris du celtique et du romain vulgairc, puis plus ou moins réformé par P'influence des peuples du Nord, ¹⁴) n'avait encore rien de fixe dans ses formes gram- maticales. Si, comme le dit Brunetto Latini, la langue d'oe était un moult délitauble langaige, celle d'oil, qui prévalut plus tard, n'était qu'un patois grossier qui contrastait fortement avec la mollesse cadencée de sa rivale. Le redoublement des consonnes re- jeté en partie dans la suite, l'abondance des syllabes dures et des voyelles obscures jointe à l'apreté des mots tronqués, dérivés du tudesque, donneèrent, il est vrai, au langage mixte une grande portion de l'énergie qui manque a l'idièôme provencal. Mais comment eut-il été praticable de saisir et de fxer les inflexions toniques dans un mélange de parties si hétérogènes? De mèéme que la quantité du latin s'était perdue dans les divers dialectes du midi, laccent, qui prédomine dans les langues germaniques, périt ou s'affaiblit par le mème procédé dans le francais du Nord. Toutefois, vers la fin du quinzieme sieècle, cette langue, conglomérat d'adoptions, eommença à se former rapidement; elle offrait déjà pour caractèere, dit M. Chasles ¹⁵), cet ordre logique des phrases, cette marche directe si favorable à la clarté, cette horreur pour l'inversion, cette simplicité dans l'arrangement des mots, enfin cette lucidité qui en a fixé pour toujours le génie. Mais c'est à tort qu'on attribue exelusivement cette tendanee au systeme de juxtaposition qui domine dans les langues romanes; le earactère de la nation y fut pour beaucoup, ou, pour mieux dire, le peuple imprima son caractère à sa langue. Comment une nation si ardente, si légèére, aussi prompte à l'expression qu'à P'action, aurait-elle pu s'accoutumer à appuyer fortement et avec une certaine pesanteur sur des syllabes ou la voix ne fait que glisser, comme un ruisseau près de son embouchure coulant sur un lit de sable qui n'offre aucun obstacle à son cours? D'ailleurs la civilisation ne va pas à reculons: les peuples, une fois entrés dans la lice, fournissent leur carrière d'une méème allure, d'un mème pas, jusqu'au hut inévitable de leurs efforts. Or, pour rétablir le systeme métrique des anciens, il eũt fallu réin- tégrer la langue dans la possession de ses biens perdus dans la fuite des temps. Disons-le franchement: les Francais, ne sentant dans leur langue qu'une faible étincelle de cet élément harmonique conservé plus ou moins distinctement dans les autres langues romanes, se bornèrent à la culture de son principe logique, qui représentait bien mieux que tout autre le caractère national dont il était Ie reflet; ajoutous-y Fimagination vive et piquante si favorable à la diction orale, apanage distinetif des Francais, la délicatesse de goũt, cet esprit caustique qui s'attaque à tout ce qui offre Tapparence du ridicule, la promptitude de conception et d'expression propre aux peuples du Midi, voila ce qui mit un obstacle invincible à la restauration d'un systeme qui exige, outre les qualitéès de l'esprit, une réflexion calme et solide, et une intimité de sentiment qui semble exelure toute idée saillante. ¹⁶)
²4) Voir A. Fuchs, die romaniſchen Sprachen in ihrem Verhältniſſe zum Lateiniſchen. Halle 1849.
¹⁵) Tableau de la Marche et des Progreès de la Langue et de la Littérature frangaise depuis le eom- mencement du seizième siécle jusqu'en 1610, par M. Phil. Chasles. Paris, F. Didot, 1828.
¹⁰) Saus applaudir à la tirade sententieuse suivante qui est loin du point de vue historique, nous la


