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fut orné de la rime, invention qu'on attribue avec beaucoup de fondement aux Maures ¹) qui de l'Espagne se répandirent dans le midi de la France. Une autre question serait de savoir, si, comme tant d'éerivains le prétendent, cette assonnance qui termine ebaque vers est destinée à remplacer le rhythme ¹¹) des anciens, et si, en faveur de cet unique ornement du langage poétique, il faut, comme la proclamé le Journal des Débals, re- noncer à lidée de donner aux vers francais une eadence réglée par un systeme métrique. Pour parvenir à un résultat satisfaisant, il sera indispensable de remonter à la source de la langhe et de poursuivre les époques marquantes de sa formation, en examinant quel fut le génie qui y présida.
On trouve des traces de la langue romane provencale des le quatrième sièele, mais le plus ancien monument de la langne da Nord qui soit parvenu jusqu'à nous est le serment de Louis le Germanique datant de 342. Au premier coup-d'œil (Pro deo amur et pro Christian poblo) ¹²) on y reconnait que les terminaisons des sub- stantifs et adjectifs latins avaient subi à cette époque de si grands changements que la modification des idées attachées aux desinences des noms n'était plus présente à Pesprit des nouveaux peuples, de mème que les terminaisous des verbes étaient à peine reconnaissables; de sorte qu'il ne restait plus que le trone de ces corps terminé pour la plupart par l'e muet, espèce de Schwa dans lequel, comme dit M. Mager, allerent se fondre toutes les désinences sonores de la langue mère. Apreès ce précieux document, la pièce la plus remarquable est sans contredit le poème sur la captivité de Boëce; on y voit déjà les auxiliaires, les prépositions de et a, la répétition des pro- noms et Partiele, eortége obligé de foutes les langues néolatines; or, il est évident que des lors cet amas de mots tronqués et de monosyllabes qui se répètent ou se choquent dans chaque phrase, dut rendre presqu'impraticable tout arrangement harmonique des mots, lesquels, en se dépouillant des parties les plus sonores, avaient perdu leurs inflexions prosodiques. Aussi n'avons-nous aucune raison de croire que les premiers rimeurs, tant Troubadours que Trouveères, aient eu la moindre notion du système métrique des Romaius, dont les chefs-d'œuvre étaient relégués dans la solitnde des cloitres. Mais le sentiment du principe quantitaire ne s'était pas seulement perdu dans les idiémes dérivés de la romana vulgaris: la langue latine elle-mèême fut frappée de eette espèce de léthargie, puisque, dès le neuvième siècle, on fit usage de la rime dans les compositions en vers latins ¹⁸), et e'est encore à cette décadence que nous devons invention du plain-chant, composé de sons égaux sans égard aux inflexions toniques.
¹⁰) G. A. Sehlegel, dans ses Observations sur la Langue et la Littérature provençales, combat forte- ment cette opinion; J. de Hammer l'adopte définitivement.(Voir encore Clarus, Darſtellung der ſpaniſchen Literatur im Mittelalter I., 126.)
1¹) Marot a dit: Et de ce saut m'envoyer à Jenvers
Rithmer suus terre et y faire des vers. Et NWoél du Fail a dit rithmart pour rimetr. ¹1²) Clarus I. 74. ¹³) Clarus I. 126 et suiv.


