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temps que la langue francaise; en effet, avant ce traité on n'avait aucune idée fixe du principe d'harmonie plus ou moins développé dans tout langage cultivé; mais le faible de cet ouvrage est que, n'étant fondé que sur la quantité et ne comptant Paccent pour rien, il présente trop de brèves, ce qui fit dire à l'abbé Desfontaines ⁴) que e'était le langage des oiseaux. Pour y remédier, ce savant, s'appuyant du jugement des musiciens, proposa de regarder comme longue toute pénultieme suivie d'un e muet. II avait raison, mais ce n'était pas la quantité, c'était Paccent que les musiciens compositeurs avaient saisi pour point d'appuis), comme nous le montrerons par la suite. Quoi qu'il en soit, et à part les louables efforts de plusieurs écrivains que nous citerons plus bas, le système prosodique en est encore la ou il était au commencement du dix- huitième siècle: le chapitre de la quantité subsiste avec ses lacunes et celui de laccent est encore au berceau. Citons encore quelques passages d'un ouvrage qui est à la portée de tous les élèves desſ gymnases de l'Allemagne. Noël dit dans son Gradus ad Parnassum:„Ce qui est d'un agrément infini dans une langue, est insipide et de mauvais goùt dans une autre. Les belles rimes, qui ont un si bon effet dans les langues modernes et qui flattent si agréablement Poreille dans la langue francaise, italienne, espagnole et allemande, sont choquantes dans les vers grecs et latins, et de mème la mesure des vers grees et des vers latins, qui dépend de la quantité des syllabes, n'aurait aucune gräce dans notre poésie moderne.⁰) Le francçais a sa quantité, quoiqu'elle ne soit pas toujours aussi distinctement marquée dans chaque syllabe que dans le gree et le latin; mais cette quantité n'est point employée dans la poésie francçaise à former différents pieds et différentes mesures.“ ²)
Aprés un pareil aven on a lieu de s'étonner du passage suivant:„La versification étant assujétie à la nécessité de couper toujours les vers alexandrins par deux hémistiches exactement égaux, de faire une espèce d'entrepôt après trois pieds parfaits, de fournir régulièrement une rime au bout des trois autres pieds eic.“ On sent que P'auteur, sans adopter le système meétrique des aneiens, ne pouvait pas parler de pieds; mais cette manière de s'exprimer provient de l'usage des écoles, oi on a conservé l'expres- sion long-temps après qu'on eut perdu la chose. Le nom de pied, dit PEneyelopédie, ne convient qu'à la poésie des anciens; dans les langues modernes on mesure les vers par le nombre des syllabes.“ Voilà des contradictions bien faites pour embrouiller la conception de tout étranger qui étudie le français sur la foi des écrivains.
Passons au chapitre de PAccent. II suffira d'abord de rapporter quelques passages des écrivains déja cités pour démontrer que leurs idées n'étaient pas moins confuses à cet égard qu'au sujet de la quantité; puis nous tirerons nos eitations d'un ouvrage qui surpasse, tant pour la clarté que pour la profondeur des idées, tout ce qui a été
a) Observations sur des écrits modernes, tome I. Paris, 1736.
⁵) H. Apel(Metrik,§. 190, 397) fait le méme reproche aux prosodistes allemands qui le précédèrent.
) M. Moel ignorait donc que non-seulement les hexamètres allemands, mais encore les odes de Klopstock sont sans rimes.
²) L'Enexelopédie(article Mesure) prétend que pied et mesure ne sont qu'un.


