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pâlir le comte Sévéran; et, sans se laisser intimider par des menaces, le vieillard a maudit le jeune époux, qui était son fils.
Puis, s'adressant à la jeune femme, qui s'est précipitée à son cou, il lui a jeté à la face ces mots terribles:
»Malheureuse, a-t-il dit, tu a épousé un capitaine de brigands.«
A ces mots, la princesse a perdu connaissance; elle ne s'est réveilléèe que dans sa chambre.
Et, résolue à ne plus revoir la figure de ce vil imposteur, elle s'est enfuie de son chateau, en pleine nuit, par un sentier inconnu de tous. Elle a erré à travers les Alpes jusqu'à ce qu'elle soit arrivée sur la hauteur rocheuse du Mont Cibal.
Ce récit terminé, Calendal s'en va préèt à tuer le brigand.
Mais comment faire? Ce bandit est entouré d'une véritable grande horde de malfaiteurs.
Tout en courant à travers la Provence, Calendal médite. Eh bien, il va exciter sa jalousie, provoquer le comte, le tuer en duel.
A force de chercher, il finit par le trouver dans la gorge de l'Estéron, petite rivière des Alpes maritimes. C'est là que repose le roi des Alpes, entouré de ses compagnons et de ses femmes; il est charmé de la hardiesse du nouveau-venu, il l'in- vite à raconter une histoire pouvant intéresser les seigneurs et les dames.
Rien n'est plus agréable à Calendal.
S'installant dans l'herbe verte, il débute en parlant de sa propre famille, de Cassis, des Cassidiens, qui vont pécher pen- dant la nuit; c'est un métier peu lucratif, il est vrai, mais qui vous fait voir tous les charmes nocturnes de la mer, vous voyez la lune, qui brille dans un ciel pur, et sa lumière argentée, qui se reflète sur les flots obscurs et dormants. Puis une vie multi- forme s'agite au fond des eaux: anguilles, gymnotes, requins, épées-de-mer, hommard, tous les poissons tourbillonnent autour des barques des pécheurs. Mais alors, la péche terminée, on ramène au port les bateaux pleins de poissons; on prépare la succulante bouillabaisse.
C'est ici que le jeune Cassidien, coupant court, demande pardon à la société de n'avoir parlé que de lui-même et de son pays;»mais, dit-il, de ce qu'il aime, chacun parle avec goũt.«
Puis, voyant que tout l'auditoire et surtout Fortunette, une des femmes, admire son récit, Calendal poursuit ainsi:
„Mon pore, dit-il, aimait, pendant les longues soirées d'hiver, à nous lire dans un vieux livre provencal. C'est ainsi que j'ai


