— 13—
S'adressant aux Saintes mémes, Vincent les prie de ne pas la laisser mourir. Mais elle, entendant ses paroles, lui réplique que la mort n'est qu'un brouillard, un songe, la fin de la nuit.
»Non, je ne meurs pas, dit-elle; d'un pas léger, je quitte le rivage. Nous glissons doucement sur la mer ondulante, qui
conduit au Paradis.« Elle s'endort.
Vincent, voyant qu'elle est morte, est fou de douleur; il prie les Saintins de l'enterrer avec celle qui fut son seul bien;
il ne veut plus se séparer d'elle.
Et hors de lui, dans un accès
de rage frénétique, il se jette sur le corps de son amie et la
couvre de baisers.
Mais, dans la nef de l'église, le beau cantique résonne de
nouveau:
»O belli Santo, segnouresso
De la Planuro d'amaresso,
Clafissès, quand vous Hlals, de pels nosti fielat!
Mal àd la foulo pecadouiro
Ou'd vosto porto se doulouiro,
O blanqui flour de la sansol- Lro,
S'ei de pas que ie faull, de pas emplissès-la!
»Oh belles Saintes, souveraine De la plaine d'amertume, Vous comblez, quand il vous plait, de poissons nos filets! Mais à la foule pécheresse Qui à votre porte se lamente, Oh blanches fleurs de nos landes salées, Si c'est la paix qu'il faut, de paix emplissez-là!«
Voilà les traits caractéristiques de ce poème magnifique. Reflétant la Crau, le Rhône, la Camargue, leurs charmes et leurs horreurs, enfin toute la plaine de Provence et les moeurs de ses habitants, cette belle poésie a exercé une très grande influence sur l'esprit des Méridionaux: on la lit, on la chante, on la connaft partout, on l'admire, et on a de la vénération pour son grand auteur.
Calendau, le poème des montagnes, n'est pas si connu. S'il est beau aussi, vous allez en juger vous-méèêmes!
Calendau.
Couronné de rochers escarpés, presque inaccessible, le Mont Gibal domine les collines environnantes et la petite ville de Cassis, située au bord de la Méditerranée.
Une très belle femme s'est retirée dans ce désert.
Est-ce une princesse, estsce une fée qui demeure dans un antre du Gibal?
Nous ne le savons pas.


