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En méme temps, les Saintins*), remplissant le sanctuaire, se pressent autour de la malheureuse. On la transporte dans la chapelle où se trouvent les saintes reliques, et la dépose en vue de la mer. Tristes à mourir, se plaignant de leur sort et du destin de leur fille, les pauvres parents pleurent à côté d'elle, quand Vincent, le vannier, pénètre dans l'église.
Ah, le pauvre garcon! Ayant su le refus de maitre Ramon, il est parti précipitamment pour le mas des Micocoules pour la voir encore une fois; mais, ne la trouvant plus chez elle, il a tant couru qu'il est arrivé jusqu'aux Saintes.
»Mon bel ami, lui dit alors la jouvencelle, d'où viens-tu? Te rappelles-tu les jolies heures que nous avons passées ensemble sous la treille?«
»Sée quaugue mau te desvario»Si quelque mal te déconcerte,
Courre leu i Sdanti Marlo cours vite aux Saintes-Maries,
Meé digueèeres alor, auras leu de me dis-tu alors, tu auras vite Sodlas.« du soulagement.-
Elle lui parle des Saintes, lui demande s'il les a vues re- monter au ciel. Lui, le cœur oppressé, n'a que des paroles entrecoupées, étouffées de sanglots.
Soudain, elle fait un signe de la main vers la mer:
»Ne voyez-vous pas, dit-elle, la barque sans voile des Saintes qui s'approche sur les vagues; elles viennent me prendre.«
Les autres, regardant la mer, n'y voient que le soleil qui semble se coucher. On lui donne l'extréme onction.
Puis, le beau cantique des Saintes retentit dans l'église, et Mireille continue à parler. Elle voit les Saintes déjà près du rivage; elle voit les salicornes qui les adorent, les flamants qui s'inclinent devant elles....
»A quoi me servira ma propriété maintenant que tu me quittes?« lui dit son père.
»Dans la nuit, lui répond-elle, semblable à la phalène, je volerai autour de votre lampe.«
»Oh, non, tu ne partiras pas, ma petite Mireille, lui dit sa mére, nous irons à Maillane ensemble chez la tante Aurane porter une corbeille de grenades.«
»Vous irez toute seule, répond Mireille, donnez-moi mes robes blanches; car voici les saintes Maries, plus blanches que la neige sur les montagnes.«
*) Les habitants des Saintes-Maries-sur-Mer.


