22
putation ou à sa fortune. Vous vous empressez de répéter ces on dit, sans les approfondir, sans avoir pour cela le moindre prétexte légitime, uniquement pour alimenter la conversation ou pour satisfaire le désir de parler. Prenez- y garde; il y va peutêtre de la paix d'un ménage, de l'honneur d'une famille, de la fortune d'un commerçant. Et pourtant, combien sont peu nombreux ceux qui ont cette réserve! Combien sont multipliés, au contraire, ceux qui répètent tout ce qu'ils entendent, sans malice ou avec méchanceté, par passe- temps ou avec une intention de nuire! Qu'il est rare de s'en faire scrupule, et surtout de s'en corriger! Puissent ces réflexions arrêter du moins quelquesuns de ceux qui liront ces lignes, sur cette voie dangereuse et mauvaise!
Mais il est surtout un point où ces légèretés de langage sont funestes, c'est lorsqu'il s'agit des prêtres et des ministres de Dieu. Un prédicateur faisait du bien à certaines âmes; elles se plaisaient à l'entendre; elles se sentaient meilleures après avoir écouté sa parole; mais voici que, sans y prendre garde en quelque sorte, quelqu'un vient à le décrier, à mettre en relief les défauts soit de son débit, soit de son style, soit de sa personne; et immédiatement son influence salutaire diminue, peut- être même disparaît- elle tout- à- fait.
Un prêtre avait une réputation bien établie de zèle et de charité: il exerçait une heureuse influence; mais tout d'un coup une personne, ne futce que par caprice, se met à le critiquer. Elle le tourne en ridicule, ou elle fait une peinture de ses défauts, de manière à les mettre en évidence. Elle interprète en lui tout à mal, et elle ne veut pas laisser dans l'ombre ces imperfections qui s'attachent toujours à l'humanité, même dans les âmes les plus saintes. Aussitôt l'autorité de ce prêtre est diminuée; il fait moins de bien chez certaines


