280 DE LA NATURE. la plus grande population, le nombre des hommes, des animaux domestiques et des plantes utiles semble occuper et couvrir en entier la surface de la terre; celui des ani- maux féroces, des insectes nuisibles, des plantes parasites, des herbes inutiles, repa- roît et domine à son tour, dans les tems de disette et de dépopulation. Ces variations, si sensiblés pour l’homme, sont imdifférentes à la Nature; le ver à soie, si précieux pour lui, n’est pour elle que la chenille du mü- ricr. Que cette chenille du luxe disparoisse; que d’autres chenilles dévorent les herbes destinées à engraisser nos bœufs; que d’au- tres enfin minent, avant la récolte, la sub- stance de nos épis; qu’en général Phomme et les espèces majeures dans les animaux soient affamées par les espèces infimes, la Nature n’en est ni moins remplie, ni moins vivante; elle ne protège pas les unes aux dépens des autres, elle les soutient toutes; mais elle méconnoïît le nombre dans les individus, et ne lés voit que comme des images successives d’une seule et même em- preinte, des ombres fugitives dont l'espèce est le corps.
IT existe donc sur la terre, et dans Pair ct dans l’eau, une quantité déterniinée de
#8


