444 LES SECRETS
Le cousin. Parbleu! je le crois bien; vous ne ménagez pas le fumier. Si je m’avisais de faire cet essai, il faudrait employer dans cette pièce de terre tout le fumier que je fais dans l’année, et laisser tout le reste de mes terres en friche.
Benoît. Ce n’est pas ainsi que je l’entends; ce que vous faites pour cette pièce de terre, pourquoi ne le feriez-vous pas pour toutes les autres? Divi- sez-moi toutes vos terres en quatre saisons, et suivez cet assolement, en amendant, chaque année, une saison, à dix voitures de fumier par jour de terre.
Le cousin. Eh! où diable prendrais-je les mon- tagnes de fumier quil me faudrait pour cela?
Benoft. Comment! vous avez, tous les ans, un quart de vos terres en pommes de terre, un autre quart en trèfle, c’est-à-dire, la moitié de vos terres en récoltes propres à la nourriture des bestiaux, et vous seriez embarrassé de faire assez de fumier pour cela! Quand je n’aurais pas un pouce de pré, mais seulement cinq ou six jours de luzerne pour couper en vert, je voudrais, avec vos terres, faire plus de fumier qu’il n’en faut pour lesamender ainsi.
Le cousin. Je conçois bien qu’avec ces récoltes de trèfle et de pommes de terre, je pourrais nour- rir beaucoup de bestiaux; mais ces bestiaux il fau- drait les avoir; et je n’ai ni de l'argent pour les
acheter, ni des étables pour les loger.


