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Cest en vain que Philinte fait le prudent et s'efforce à apprendre à son ami quo la vraie franchise n'est pas permise, et qu'elle le tournerait même en ridicule auprès de bien des gens; au contraire, plus il excuse la société, plus Alceste s'emporte et dit enfin que les hommes lui étaient à tel point odieux qu'il serait mème faché d'tre sage à leurs yeux. Aussi ne veut-il excepter personne de cette aversion; il hait
....„tous les hommes: Les uns, parce qu'ils sont méchants et malfaisants, Et les autres, pour être aux méchants complaisants, Et n'avoir pas pour eux ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux Aâmes vertueuses.“
Pour donner un éclatant exemple de cette vile complaisance, il raconte qu'il a un procès avec un homme qui, quoique regardé par tout le monde pour un trattre, un fourbe et un infame, est partout bien accueilli et flatté. Les intrigues de cet homme pervers font méme craindre à Alceste de perdre son procès, bien que la raison et l'équité soient de son côté. Aussi dédaigne-t-il de donner ses soins à son procès; il aime mieux le perdre que d'obtenir par des cabales ce qu'on doit à son bon droit. Philinte, en ami sincère et dévoué, s'efforce de son mieux à dissiper les sombres pensées d'Alceste. A quoi bon, dit-il, de s'irriter des vices d'autrui; laissons les hommes comme ils sont; car c'est pure folie que de tenter de corriger le monde. Mais quoi qu'il dise, Alceste persiste avec opi- niatreté dans ses opinions. Philinte, voyant que tout ce qu'il dit n'a point de succès, veut du moins montrer à Alceste qu'il ne suit pas lui-même avec rigueur ses maximes. Ny ar-t-il pas, lui demande-t-il, parmi ces êtres à qui vous portez une si vive haine, une jeune beauté qui charme vos yeux? Et, ce qui me surprend encore davantage, vous repoussez la sincère Eliante qui a du penchant pour vous, tandis que vous donnez votre cœur à Célimène, dont l'esprit médisant et l'humeur coquette donnent si fort dans les mœurs perverses du temps. Ne voyez-vous pas ces défauts dans un objet si doux, ou est-ce que vous les excusez? Alceste ne nie pas que son amante m'ait de grands défauts, au contraire, il est le premier à les voir et à les condamner. Néanmoins il ne peut pas résister aux attraits de Célimène, et ce qui le console c'est la pensée que le grand amour qu'il a pour elle, la corrigera de ces vices. Philinte croit que cet espoir de son ami est mal fondé; il doute méême que Célimène réponde sérieusement à l'amour d' Alceste, et il est sur le point de motiver ce soupgçon, lorsqu'il est interrompu par Oronte, qui n'ayant pas trouvé Célimène et Eliante chez elles, vient saluer les deux amis. Après s'étre excusé de son entrée subite, Oronte aborde Alceste. II veut le flatter, se montre plein d'admiration de ses mérites, exprime son ardent désir d'étre de ses amis, enfin, pour donner une marque de son amitié pour Alceste, il veut, lengager à se prononcer sur un petit sonnet qu'il a fait depuis peu. Alceste ne cède qu'a sa demande réitérée, et non sans lui avoir dit qu'il n'avait pas l'art de feindre et qu'il jugerait en toute franchise. Alors Oronte se met à lire son sonnet, mais il s'arréte plusieurs fois après le premier mot, pour faire telles et telles remarques qui caractérisent le vain bavard autant que l'homme fou de lui-même.
à
Alceste, quoique fort irrité par la vile flatterie de Philinte, qui feint d'étre enchanté de


