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Des yeux clairs et perçants, mais blessés par le jour, Un cercle maladif qui creuse leur contour,
Un regard effronté qui provoque et défie
L'horreur des gens de bien dont il se glorifie,
Le pas brusque et coupé du pale scélérat,
Tel on se peint le meurtre, et tel on voit Marat. ¹)
Si la pièce tout entiére abonde en vers excellents, il en est pourtant où Pon pourrait relever quelques locutions que la grammaire réprouve, quelques épithètes accompagnant un substantif sans autre besoin que celui de la mesure, quelques tours obscurs ou équi- voques, mais en somme, le style sous le rapport de la correction, est aussi chatié que le style des deux drames qui ont précédé celui-ci. Un défaut plus grave que ces incorrec- tions qu'une plume plus pédante ou plus puriste que celle de M. Ponsard aurait évitées, c'est le ton déclamatoire qui donne parfois au style de Charlotte Corday une certaine boursoufflure guindée tout à fait voisine de l'emphase de Corneille, quand Corneille éerit sous P'influence de Sénèque ou de Lucain. Ces amplifications qui sentent un peu l'école, étaient un des écueils du sujet: le poëte aurait pu l'éviter en creusant plus avant les caractères de ses personnages, en donnant plus d'essor-à ses sentiments personnels, en se préoccupant moins de l'effet que devait produire sur tels et tels spectateurs telle ou telle tirade,— alors, au lieu de faire passer sous nos yeux une suite de scènes plus ou moins émouvantes, il nous aurait donné une œuvre dramatique d'un seul jet, dont chaque partie, étroitement unie à l'ensemble, aurait été animée d'une vie réelle.
Mais qui sait? peut-étre le drame de M. Ponsard, débarrassé de ces entraves qui l'emmaillottent, gagnant en profondeur et par là méme en puissance, serait-il devenu susceptible de„passionner une salle“ et la censure Paurait-elle interdit. En ce cas, le public de la Porte Saint-Martin aurait perdu quelques belles scêénes, mais la littérature française aurait compté un chef-d'œuvre de plus!
¹) Acte III. scêéne I.


