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L'Avare de Moliere et P'Aululaire de Plaute.
La passion la plus bizarre et la plus extravagante, et qui éveille le moins notre sympathie, c'est l'avarice. Toute autre passion, quelque basse et même quelque eriminelle qu'elle soit, peut du moins nous inspirer de la pitié pour celui qui en est esclave. Toute autre passion se montre sous son vrai jour et cherche à soutenir ses droits. L'avarice au contraire, cette passion läche et qui a pour but une chose qui ne peut opposer aucune résistance, nous parait d'autant plus méprisable qu'un tissu de mensonges en est toujours le voile. Si c'est le propre de toutes les passions de changer la nature des objets à ceux qui s'y abandonnent, de les aveugler entièrement, c'est surtout le propre de l'avarice. Un avare est comme ces fous qui peuvent raisonner avec toute la justesse imaginable sur chaque sujet qu'on leur propose, à la réserve de celui qui fait la matière de leur folie. De quels prétextes ne se couvre point l'ava- rice? Combien de formes ne prend-elle pas pour se déguiser aux yeux de celui qui s'y abandonne. Tantôt c'est prudence qui veut qu'on pourvoie, non seulement aux besoins qu'on a actuellement, mais encore à ceux qu'on pourra avoir dans la suite. Tantôt c'est charité, qui veut qu'on ne donne pas à la société des exemples de prodigalité et de ſaste. Tantòôt c'est l'amour paternel qui veut qu'on amasse pour ces enſants. Tantôt c'est circonspection, qui veut qu'on ne fournisse pas à certaines gens des sommes dont ils feraient un mauvais usage. Tantôt c'est équité qui demande que chacun jouisse du fruit de ses travaux. Qui pourrait fournir la liste complète de tous les prétextes dont l'avare se déguise lui-mème à ses propres yeux, et de ceux dont il croit pouvoir se déguiser aux yeux des autres! L'avare perd tous les droits à notre compassion; c'est plutèt avec une sorte de joie maligne que nous le voyons se fatiguer dans le soin de son argent. Il a déclaré la guerre au monde entier; il n'amasse pas l'argent pour l'échanger à l'occasion contre les choses qui embellissent la vie et qui la rendent agréable. D'une dureté à toute épreuve sur le malheur d'autrui, il est mème insensible à ses propres besoins. II travaille infatigablement pour une chose qui pourrait lui procurer des jouissances, et il n'en profite jamais. II attirerait à lui, si cela se pouvait, tout ce précieux métal qui, étant l'ame du commerce, doit naturellement circuler dans la société civile, et sous ce point de vue l'avare est mème un homme dangereux à Eiat, quoique aucune loi ne le menace.
L'avarice est sans doute un excellent sujet poëétique. Pour l'avare il ne s'agit pas tant de l'or qu'il possède que de l'idée qu'il y attache; c'est pourquoi on pourrait dire que c'est une passion idéale. Les poètes, tant anciens que modernes, l'ont prise pour sujet de leur poésies.


