— 14—
et on tombe des nues lorsque La Flèche apporte la cassette à la fin du quatrième acte; car nulle part il est expliqué, comment il a pu flairer le trésor caché- ³⁸). L'illustre critique doit avoir eu la mémoire un peu dérangée au moment odà il éeri-— vait ces lignes; car on parle de la cassette: acte I, sc. 3 et 5; acte II, sc. 4, 6 etc.; aussi Schlegel a-t-il oublié que La Flèche a expressément dit qu'il croirait faire-une action méritoire- en volant Harpagom ⁴⁰) et qu'il a guigné la cassette tout le jour- ⁴¹). Tout est donc préparé et bien motivé, ce nous semble, et si A. W. de Schlegel se fait du mal en tombant des nues, il n'en peut attribuer la faute à personne qu'à lui méême.— Quel motif Plaute donne-t-il donc pour faire voler la marmite? Ayant fait dire à Euclion un monologue, ou une espéèce d'apostrophe adressée à la déesse de la Foi, il amène l'esclave Strobile par un hasard extrémement heureux quelques instants auparavant, juste à temps pour que celui-ci entende cette apostrophe; fort heureuse- ment cet esclave avait choisi un autel dans la rue pour s'asseoir dessus et pour épier ce qui va arriver 42). Un homme ordinaire trouverait fort peu ingénieuse 'idée de placer un esclave sur un autel de la rue, pour qu'il espionne sans être vu; cependant Schlegel trouve cela ⸗simple-⸗.— Mais le pauvre Strobile à peine est-il allé à- l'endroit qui lui a été indiqué par l'imprudent monologue d'Euclion, lorsque le croas- sement d'un corbeau fait revenir le vieillard sur ses pas, il chasse Strobile du temple, non sans force coups de baton, et saisit sa marmite pour la cacher cette fois si bien que personne ne puisse la trouver. Fort heureusement pour Strobile le vieil- lard adresse encore une apostrophe à la déesse, bien qu'il n'y ait pas deux minutes que cette même imprévoyance lui aurait presque fait perdre tout son argent, et par ce relaps d'étourderie Strobile, ayant obtenu enfin connaissance du secret, n'a plus de difficultés pour exécuter le vol! Tout cela est-il donc bien motivé! Quelle ingéniosité, quelle profusion d'art, quelle abondance d'inventions heureuses!— II est quelquefois incroyable jusqu'à quel point un esprit prévenu peut se laisser aller. Le préjugé de Schlegel est comme voici: les poètes anciens sont supérieurs aux modernes, donc Plaute doit l'emporter sur Molière; et si Plaute manque d'idées et d'action, c'est de la-simplicité pleine de charmes⸗; chez Molière ce serait une absense compléte d'arts, et ce qui est une ⸗-machine trop compliguée» dans Molière, serait de la ⸗richesse, une variété agréable⸗ chez Plaute.
Pour ce qui concerne les autres personnages des deux pièces, la différence est, assez grande en apparence, mais leur iufluence sur la marche de l'action est peu- considérable; Molière a fait deux intrigues d'amour, Plaute n'en a qu'une; Staphyla
³⁰) Cours de litt. p. 241. 4⁰) Avare acte II, sc. 1. ¹¹) Abare acte IV, sc. 6. 4²) Strobilus: Nunc sine omni suspicioni in ara hic adsidam sacra. Hinc et huc et illac potero, quid agant, arbitrarier. Aulul. IV, 1, 20. s.


