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Le Choeur.
Hélas! malheureux vieillard, vous étes, comme on peut le présumer, privé de la vue, depuis votre naissance; mais autant qu'il est en moi, vous n'ajouterez pas à vos maux par des imprécations. Vous vous étes déjà avancé trop loin; gardez-vous d'entrer dans ce vallon silencieux, où se trouve une prairie verdoyante, et coule un ruisseau dont l'eau sert aux libations expiatoires; arrètez-vous, sortez de ce lieu, une distance déjà trop grande nous sépare. Entendez-vous, infortuné? Si vous avez quelque chöse à nous dire, sortez de cet endroit sacré. Venez là ou la loi nous permet de parler; jusque là gardez le silence.
Oedipe. Ma fille, que dois-je faire? Antigone. Mon père, il faut céder, sans contrainte, aux habitants. Oedlipe. Donne-moi la main. Antigone. Je vous la donne en vérité. Oedipe. 0 Etrangers, je quitte ce lieu, je m'abandonne à vous, ne me trahissez point. Le Choeur. Non, vieillard, jamais personne ne vous arrachera d'ici malgré vous. Oedipe. Avancerai-je encore? Le Choeur. Marchez plus loin. Oedipe. Encore? Le Choeur. Faites le donc avancer, jeune fille; car vous entendez. Anligone.
Suivez-moi, mon père, suivez-moi malgré votre faiblesse; marchez où je vous conduis. O trop malheureux père, étranger sur une terre étrangère, ayez le courage de fuir ce que les citoyens abhorrent et d'aimer ce qu'ils aiment.
. Oedipe.
Conduis-moi, ma fille, conduis-moi, où, sans violer le respect, nous puissions parler
et entendre: ne combattons point contre la nécéssité.


