Aufsatz 
Etude sur le Venceslav de Rotrou
(1647)
Entstehung
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temps ouù l'influence de l'Espagne avait péné- tré si loin.

Je ne puis m'étendre-dessus, la ma- tière excédant de beaucoup les limites qui me sont imposées pour ce travail; mais j'es- père y revenir dans une autre étude, réservée tout particulièrement à la langue de Rotrou dans ses chefs-d'oeuvre

Le Venceslas eut un suecès immense. On raconte que, pendant que les comédiens étudiaient cette pièce, l'auteur fut arrété pour dettes. A fin de recouvrer sa liberté, il ven- dit vingt pistoles sa pièce aux acteurs. Ceux- ci, ayant fait une recette considérable, lui offrirent plus tard, en reconnaissance de ce qu'ils lui devaient, une somme importante.

Jusqu'en 1691 le Venceslas fut joué très souvent. Puais l'intérêt se relächa. Au milieu du dix-huitième ziècle, la pièce revint en vo- gue. Mais elle n'était plus telle que Rotrou l'avait écrite; Marmontel l'avait retouchée.

Ce Venceslas corrigé fit bien du bruit dans le monde littéraire de Paris. Marmontel n'a- vait pas eu la main heureuse, et Fréron le lui fit bien sentir. Certes tous les change- ments de Marmontel n'étaient pas sans va- leur; il avait abrégé des longueurs et enlevé des crudités; mais à force de tempérer le style il avait abouti à l'énerver, de sorte que le drame de Rotrou perdit ce qui faisait sa plus grande gloire, sa maâle beauté. En outre, le changement qu'il apporta au dénouement est particulièrement manqué:

Chez lui, Cassandre ne demande pas la gräce de Ladislas, ce qui la rend infiniment moins noble que chez Rotrou. Elle sort après avoir excité le roi à la vengeauce, et il n'est plus question d'elle. Ainsi, il est vrai, La-

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dislas n'est pas récompensé de sa main, mais il n'est pas puni non plus, de sorte que nous n'en sommes pas plus satisfaits que chez Ro- trou, tandis que Cassandre y perd un de ses plus beaux traits: sa grandeur d'âme.

Il va sans dire que Rotrou ne manqua pas d'imitateurs et d'emprunteurs. Voyez pour cela Jarry ch. VII.

Au dix-neuvième siècle, on reprit le texte de Rotrou, et, en dépit du critique Geoffroy, on joua le Vesceslas assez souvent jusqu'en 1816. Puis vint un long intervalle. Enfin, en 1842, il remonta une fois sur la scène à Paris; en 1867 il fut joué à Dreux, ville na- tale du poòte, à l'inauguration de son buste, puis à Paris, en 1873, et à plusieurs reprises jusqu'à nos jours.

Et maintenant tranchons la question. Le Venceslas est-il, comme le prétend l'anonyme mentionné plus haut, une traduction ou non?

Non, il ne l'est pas.

La simple traduction d'une pièce oubliée si vite que celle de Roxas, pièce mortenée pour ainsi dire, n'eùt jamais pu obtenir le succès du Venceslas. II est claire que Rotrou doit beaucoup à Roxas. II lui a pris son sujet, des scènes entières et, à ce qu'il paratt, méême des vers entiers. Mais dans ce qui fait du Venceslas une oeuvre d'art de premier ordre, dans ce qui lui a vala l'honneur d'èêtre applaudi même de nos jours, après plus de deux siècles, dans la noblesse des caractères, dans le profond sentiment qui nous touche, dans l'angoisse qui nous fait palpiter, dans la conduite de l'action, dans ce langage maàle et passionné auquel on pardonne si volontiers de ne pas éêtre toujours d'une extrème délicatesse, Rotrou est pleinement original.